Le salaire minimum en Suisse va-t-il couler l’économie ou sauver les travailleurs ?

Le salaire minimum en Suisse suscite un débat : efficace pour lutter contre la pauvreté, il divise entre partisans et opposants sur ses impacts économiques.

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Des billets de francs suisses dépassent de la poche d'une veste
Le salaire minimum en Suisse va-t-il couler l’économie ou sauver les travailleurs ? - Crédit: Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

En Suisse, trois cantons ont instauré un salaire minimum, à savoir Neuchâtel, Genève et le Jura. Neuchâtel a été le pionnier en la matière, adoptant cette mesure après une bataille juridique qui a été validée par le Tribunal fédéral en 2017. Le salaire minimum dans ce canton est actuellement de 21,3 francs de l’heure pour 2025.

Genève a adopté un salaire minimum par voie populaire en 2020, avec un montant de 24,5 francs pour 2025. Le Jura, quant à lui, a introduit le salaire minimum en 2023, à hauteur de 21,4 francs de l’heure. Toutefois, dans le Jura, cette mesure ne s’applique que si les conventions collectives de travail (CCT) ne sont pas en place ou ne spécifient pas de salaire, rapporte Watson.

Les bénéfices du salaire minimum : lutte contre la pauvreté et l’abus salarial

Les cantons ayant mis en place un salaire minimum soulignent les bienfaits de cette mesure. À Neuchâtel, le bilan est jugé positif. Le salaire minimum a permis de prévenir les abus et d’offrir un équilibre qui n’a pas posé de difficultés majeures pour les employeurs.

Selon le Conseil d’État de Neuchâtel, l’introduction de ce salaire minimum a contribué à la lutte contre la sous-enchère salariale, un phénomène où les entreprises offrent des salaires trop bas. Florence Nater, conseillère d’État à Neuchâtel, explique que « la grande majorité des employeurs a rectifié leur salaire après avoir été réprimandée », soulignant qu’il n’y a pas eu de contestation face à l’application de cette loi.

De son côté, Unia, le syndicat, considère le salaire minimum comme un instrument efficace pour lutter contre la pauvreté et le dumping salarial. Véronique Polito, vice-présidente d’Unia, précise que le salaire minimum a eu des effets positifs, notamment pour les femmes, car de nombreux secteurs à bas salaires emploient majoritairement des femmes, ce qui a permis d’améliorer leurs chances de retrouver un emploi.

Les réticences des milieux patronaux : une menace pour la compétitivité ?

Le patronat reste, quant à lui, très sceptique vis-à-vis du salaire minimum. Stéphanie Ruegsegger, directrice de la Fédération des entreprises romandes (FER) à Genève, fait part de ses inquiétudes, notamment pour les secteurs tels que le nettoyage ou l’hôtellerie-restauration, où les marges de négociation sont déjà limitées.

Selon elle, le salaire minimum empêche les entreprises de négocier de manière plus flexible, rendant plus difficile leur capacité à fonctionner économiquement. Ruegsegger évoque la crainte que le salaire minimum devienne une référence salariale dans certains secteurs à faible valeur ajoutée, ce qui pourrait étouffer les petites entreprises et entraîner une rigidité sur le marché du travail.

Les effets sur l’emploi : une situation plus nuancée

Un autre aspect du débat concerne l’impact du salaire minimum sur l’emploi. Lors des votations à Genève, certains craignaient que l’introduction du salaire minimum ne provoque une hausse du chômage.

Cependant, selon une étude menée par le Département de l’économie et de l’emploi (DEE) genevois, cette mesure n’a pas conduit à une augmentation significative du taux de chômage. Les observations similaires ont été faites à Neuchâtel et dans le Jura. Toutefois, certains secteurs, notamment ceux qui recrutent des jeunes sans qualification, ont observé des effets plus négatifs.

En particulier, les jeunes de 18 à 25 ans, notamment les hommes sans formation, ont vu leurs chances de trouver un emploi diminuer. La FER a d’ailleurs souligné que les jeunes travaillant pendant leurs vacances, comme les job d’été, sont particulièrement affectés, car les employeurs trouvent difficilement rentable de payer ces travailleurs à un taux horaire aussi élevé.

Salaires minimums et CCT : une solution mixte ?

Le débat sur le salaire minimum s’est intensifié avec la proposition du conseiller aux États Erich Ettlin de faire primer les conventions collectives de travail (CCT) sur les lois cantonales concernant le salaire minimum. Cette motion a déjà été acceptée par le Conseil des États et devrait être soumise au Conseil national.

Les syndicats s’opposent fermement à cette proposition, estimant que les CCT, dans certains secteurs, sont insuffisantes et pourraient entraîner un nivellement des salaires vers le bas. Unia soutient qu’un salaire minimum est souvent nécessaire en l’absence de bonnes conventions collectives, bien qu’ils n’aient rien contre une CCT qui assure des salaires justes dans tous les secteurs.

Par ailleurs, même la FER, qui soutient généralement l’idée d’un salaire minimum, exprime des doutes sur la légalité de cette proposition, soulignant qu’elle pourrait entrer en conflit avec les lois cantonales impératives.

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