Depuis le 1er janvier 2026, des milliers de retraités frontaliers, en particulier ceux qui vivent en France et ont travaillé à la fois en Suisse et en France, constatent une baisse nette de leur retraite complémentaire Agirc-Arrco. La Confédération européenne des frontaliers (CEF) dénonce ce phénomène, précisant que cette baisse touche principalement les retraités dits « polypensionnés », qui perçoivent une pension des deux côtés de la frontière.
Ce changement découle de la révision des prélèvements sociaux appliqués aux retraites. Ceci concerne particulièrement les cotisations sociales qui touchent désormais la totalité des revenus de retraite, qu’ils proviennent de la France ou de la Suisse.
Une réforme des prélèvements sociaux sur les retraites frontalières
Auparavant, les retraités frontaliers bénéficiaient d’un plafonnement des cotisations sociales, c’est-à-dire que seule la partie de leur retraite provenant de France était soumise aux prélèvements sociaux. En d’autres termes, un retraité percevant, par exemple, 5000 € de la Suisse et 300 € de la France ne payait des cotisations sociales que sur les 300 €, limitant ainsi l’impact des prélèvements. Cependant, depuis le début de l’année 2026, cette règle a été modifiée. Désormais, l’ensemble des pensions, qu’elles proviennent de Suisse ou de France, sont soumises aux prélèvements sociaux à un taux pouvant aller jusqu’à 9,1%.
Concrètement, un retraité percevant 5000 € de la Suisse et 300 € de la France devra désormais payer 9,1% sur 5300 €, soit 412 € au lieu de 300 € comme précédemment. Ce changement est le résultat d’une décision du Conseil d’État de fin 2024, qui s’est basé sur une interprétation du droit européen, estimant que la France n’est pas contrainte de maintenir un plafond de cotisations sur les pensions perçues de l’étranger. Cette décision a été officialisée par l’administration fiscale française, qui a validé la nouvelle règle de prélèvements sociaux.
Une mesure contestée par les syndicats et les élus
Cette réforme, bien que légale, est vivement critiquée par plusieurs associations, dont la CEF, qui représente les travailleurs frontaliers. Ces derniers estiment que cette mesure pénalise injustement une population déjà vulnérable, en particulier ceux qui dépendent d’une combinaison de retraites provenant de différents pays. La CEF alerte sur l’impact de cette réforme, soulignant qu’elle entraînera une diminution des revenus nets de nombreux retraités frontaliers, dont certains risquent de voir leurs pensions amputées de manière brutale. Cette réforme devrait permettre à l’État français de générer plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires pour financer la protection sociale, mais elle fait également l’objet de nombreuses contestations.
Une intervention demandée par les élus locaux
L’impact de cette baisse sur les retraités frontaliers n’est pas passé inaperçu au sein de la classe politique, notamment en Haute-Savoie où la députée Virginie Duby-Muller (LR) a réagi en demandant une intervention rapide du gouvernement, indique la TDG. Elle évoque une baisse « parfois brutale » des pensions et appelle à une correction immédiate de cette mesure, qu’elle considère injuste pour les retraités concernés. Elle dénonce également le fait que les travailleurs frontaliers ne doivent pas devenir une variable d’ajustement budgétaire dans un contexte de rigueur financière. Cette prise de position reflète un mécontentement croissant, notamment dans les régions frontalières où les retraités sont nombreux.








