Alors que les mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent se durcissent dans les circuits financiers officiels, des alternatives informelles et difficilement traçables, comme le système Hawala, prennent de l’ampleur. Ce phénomène soulève des inquiétudes croissantes chez les autorités, confrontées à des structures opaques et très peu documentées.
Le cas récent d’un Syrien installé à Zurich, condamné à deux ans de prison pour blanchiment d’argent, illustre le fonctionnement discret de ce système. D’après Watson, cet homme, qualifié de « hawaladar », avait déplacé plus de six millions de francs entre avril 2020 et mai 2024 en servant d’intermédiaire pour une bande d’escrocs opérant par téléphone.
Un système basé sur la confiance et les réseaux informels
Le système Hawala fonctionne sans passer par les banques traditionnelles. Il repose sur un réseau de courtiers, appelés hawaladars, qui orchestrent les transferts à l’aide d’accords verbaux, sans trace sur des comptes officiels.
Selon l’Office fédéral de la police (Fedpol), un intermédiaire reçoit une somme dans un pays, pendant qu’un autre verse l’équivalent dans une autre région. L’échange repose sur la transmission d’un code ou d’une image, souvent une photo d’un billet, que le destinataire doit présenter.
Les fonds déplacés ne sont pas exclusivement d’origine criminelle. Des migrants, notamment issus de pays où le système bancaire est défaillant, y ont recours pour envoyer de l’argent à leurs proches. Néanmoins, les criminels y trouvent une solution efficace pour transférer les revenus du trafic de drogue ou d’autres activités illégales. Comme le souligne Watson, plus les contrôles se renforcent dans les circuits traditionnels, plus ce système parallèle devient attractif.
Des structures discrètes, souvent dissimulées derrière des commerces de façade
Les courtiers opérant dans le système Hawala s’appuient souvent sur des commerces de proximité pour dissimuler leur activité. Des agences de voyages, bijouteries, épiceries ou salons de coiffure servent régulièrement de points de collecte ou de redistribution de liquidités.
D’après Alexander Ott, chef de la police des étrangers de Berne, les contrôles révèlent fréquemment la présence de sommes importantes sans que les détenteurs puissent être identifiés. Dans une perquisition, la police avait ainsi retrouvé un million de francs en espèces dans la chambre d’un prévenu.
Des établissements sans activité commerciale visible, mais pourtant capables de payer leur loyer, attirent l’attention des forces de l’ordre. La loyauté et la solidarité clanique entre les participants rendent l’identification et la poursuite des responsables particulièrement complexes. Le média helvétique rapporte les propos d’un passeur, pris dans un réseau lié à une agence de voyages à Lucerne, qui décrivait la simplicité du processus : « On débarque, on tombe naturellement sur un visage connu, et on dépose l’argent ».
Des cas documentés qui dévoilent l’ampleur du phénomène
Plusieurs affaires en Suisse ont mis en lumière l’ampleur du recours à Hawala. En 2017, une opération à Genève a révélé un réseau structuré, dirigé par un courtier supervisant 27 « collecteurs ».
Ces derniers sillonnaient la ville pour récolter de l’argent, notamment auprès de ressortissants d’Érythrée, d’Éthiopie et du Soudan. Un passeur, arrêté à l’aéroport avec 100 lingots d’or et 1,7 million de francs, a permis de remonter la chaîne jusqu’à Beyrouth et Dubaï, où les fonds étaient réacheminés.
En 2020, le parquet de Berlin a demandé une perquisition dans une société suisse de transport de fonds soupçonnée d’avoir acheminé des millions d’euros vers Dubaï via le système Hawala. Fedpol reconnaît que le phénomène reste peu connu en Suisse et a récemment lancé une mise en garde publique sur l’essor du « underground banking ».








