La crise des urgences hospitalières en Suisse s’intensifie, et plusieurs propositions ont été avancées pour tenter de soulager les services déjà saturés. Parmi elles, l’idée d’élargir les horaires de travail des médecins généralistes, avancée par Arnaud Perrier, ancien directeur médical des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a attiré une attention particulière.
En prônant une extension des horaires de consultation, notamment le soir et le week-end, Perrier espère réduire la pression sur les urgences, où les patients se tournent en dehors des horaires classiques des généralistes. Cependant, cette suggestion fait face à une vive résistance de la part des médecins de famille, déjà sous pression, qui soulignent que cette solution n’est ni viable ni souhaitable.
Un appel à l’extension des horaires des généralistes
Arnaud Perrier propose une mesure pour faire face à l’engorgement des urgences hospitalières : étendre les horaires des médecins de famille. Selon lui, les généralistes, qui consultent habituellement de 8 h à 18 h du lundi au vendredi, devraient aussi être disponibles le soir et le week-end. Cela permettrait de désengorger les urgences, où les patients sont souvent redirigés pour des consultations qui pourraient être traitées par un généraliste dans un cadre moins coûteux et plus adapté. Dans une interview diffusée sur la RTS, Perrier a souligné que cette extension des horaires répondrait à une demande croissante de la population active, souvent composée de parents d’enfants en bas âge, qui sont disponibles uniquement après les heures de travail ou durant le week-end.
Perrier met en avant l’exemple des périodes de fêtes, où les urgences sont particulièrement sollicitées en raison de la fermeture ou de la disponibilité limitée des cabinets médicaux. Selon lui, ce changement offrirait une alternative efficace aux urgences, tout en répondant aux besoins de soins médicaux en dehors des horaires classiques.
Cependant, l’idée d’une telle extension des horaires soulève des interrogations. Bien que l’argument de la réduction de la pression sur les urgences semble pertinent, les médecins généralistes estiment que cette proposition ne prend pas en compte la réalité de leur travail quotidien et les défis déjà présents dans leur pratique.
La résistance des généralistes : une profession déjà sous pression
Les réactions des médecins de famille face à cette proposition sont loin d’être favorables. Joachim Karsegard, coprésident de l’Association des médecins de famille de Genève (AGeMIG), souligne que les généralistes sont déjà largement sollicités et travaillent souvent de longues heures. Il rappelle que la majorité des médecins de famille ont déjà une patientèle complète et ne peuvent plus accepter de nouveaux patients. Selon lui, cette extension des horaires ne ferait qu’ajouter une pression supplémentaire sur une profession déjà confrontée à de nombreux défis.
Karsegard estime que la solution à la crise des urgences ne réside pas dans l’extension des horaires, mais plutôt dans une meilleure gestion des consultations urgentes. Il plaide pour une meilleure orientation des patients, notamment via des lignes d’appel comme le 144, pour trier les cas qui peuvent réellement être traités en dehors des urgences. Cela permettrait de rediriger les patients vers des soins appropriés sans surcharger les services d’urgence.
Pierre-Yves Rodondi, directeur de l’Institut de médecine de famille de l’Université de Fribourg, va dans le même sens. Selon lui, la pénurie de médecins généralistes et d’assistants médicaux en Suisse rend cette proposition difficile à mettre en œuvre. Rodondi appelle à des « mesures fortes » de la part du gouvernement suisse pour augmenter le nombre de médecins de famille formés et améliorer les conditions de travail dans cette spécialité. Il plaide en faveur d’un soutien plus important pour cette profession, qui peine déjà à faire face à la demande.
Rodondi et Karsegard partagent un avis commun : le défi des urgences ne se résume pas simplement à une question d’horaires, mais à une question de gestion globale du système de santé, incluant la formation, le triage des patients et une meilleure coordination des services.








