Réforme salariale fédérale : un pas vers l’alignement avec le privé, mais à quel prix ?

Le Conseil fédéral a annoncé une réforme salariale visant à aligner davantage les salaires publics avec ceux du privé, mais elle suscite de vives critiques, notamment sur la redistribution des salaires et la suppression des hausses automatiques.

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Réforme salariale fédérale : un pas vers l'alignement avec le privé, mais à quel prix ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le Conseil fédéral a récemment annoncé une réforme du système salarial de l’administration fédérale, provoquant des réactions mitigées dans le paysage politique et social suisse. Cette révision prévoit la suppression des hausses automatiques des salaires et une augmentation des salaires de base pour les nouvelles recrues. 

Cependant, elle laisse un goût d’insatisfaction parmi plusieurs acteurs, dont des élus politiques et des syndicats. Cette réforme vise à mieux aligner les salaires du secteur public avec ceux du secteur privé, mais elle semble aussi susciter un sentiment de frustration concernant l’efficacité et la portée réelle des changements proposés.

Un ajustement vers le marché mais des dissensions politiques

La réforme salariale de la Confédération est née d’un besoin de réajuster les salaires fédéraux aux standards du marché, une initiative portée par Jürg Grossen, président des Vert’libéraux. Soutenu par 40 élus de partis bourgeois, il réclamait des salaires publics plus proches des conditions du secteur privé. Selon lui, les salaires de la fonction publique ne doivent pas déstabiliser le marché en offrant des conditions trop avantageuses, rapporte Blick. Cependant, les réformes annoncées par le Conseil fédéral n’ont pas pleinement satisfait ses attentes.

Le Conseil fédéral a opté pour un modèle de salaire basé sur des objectifs de performance. Désormais, les hausses automatiques de salaires, qui s’opéraient jusqu’à présent à l’intérieur d’une même classe salariale, sont supprimées. Au lieu de cette progression automatique, les salariés auront un « salaire cible » qu’ils atteindront sous certaines conditions de performance. Ce modèle a pour objectif de favoriser les résultats individuels tout en évitant de garantir des augmentations systématiques. Toutefois, la suppression des hausses automatiques pourrait, paradoxalement, coûter davantage à court terme, car les salaires de départ seront désormais plus élevés. Cette situation alimente les critiques de certains élus et acteurs économiques, qui estiment que cette réforme ne répond pas au besoin de compétitivité avec le secteur privé, et pourrait même accroître les inégalités salariales.

Les syndicats et les critiques sur la redistribution des salaires

Les syndicats, de leur côté, se montrent également sceptiques face à la réforme, en particulier sur la question de la redistribution des salaires. Selon eux, le nouveau système pourrait entraîner une réduction des salaires pour une partie des employés publics. Le salaire cible, défini comme le niveau de rémunération à atteindre pour des performances régulières, sera inférieur de dix points par rapport au salaire maximal actuel. Par conséquent, ceux qui n’ont pas encore atteint le plafond de leur classe salariale verront leur salaire réduit, tandis que les cadres supérieurs continueront de bénéficier de la rémunération la plus élevée. Les syndicats dénoncent cette mesure comme une forme de « redistribution » des bas salaires vers les plus élevés, ce qui, selon eux, nuirait aux employés les moins bien rémunérés. La Commission du personnel fédéral a exprimé son mécontentement face à cette réforme, la jugeant inacceptable.

Il est à noter que la réforme comporte également la suppression de l’indemnité de résidence, un supplément salarial censé compenser les différences régionales du coût de la vie. Cette indemnité sera désormais intégrée dans le salaire de base, une mesure censée rendre l’administration plus flexible face à la mobilité croissante des employés. Bien que cette révision semble logique dans un monde de plus en plus connecté et mobile, elle ne répond pas entièrement aux préoccupations des syndicats et des élus qui redoutent une perte de pouvoir d’achat pour certains travailleurs.

Le Conseil fédéral reste optimiste quant à l’impact de cette réforme à moyen et long terme, promettant une légère diminution des coûts salariaux pour la Confédération. Un examen est prévu dans quelques années pour évaluer l’efficacité de ces changements. Cependant, la réforme reste un sujet de débats et de mécontentement, et il est probable qu’elle continue de susciter des réactions passionnées tant du côté des syndicats que des partis politiques.

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