En 2019, un changement significatif a été introduit dans la classification des médicaments en Suisse. La catégorie C, qui permettait la vente de certains médicaments sur simple conseil médical, a été supprimée. Parmi les 650 médicaments concernés, la majorité a été rétrogradée vers la catégorie D, où la vente reste possible sous conseil. Toutefois, environ 15 % des médicaments ont été transférés vers la catégorie B, nécessitant désormais une ordonnance médicale pour être délivrés. C’est notamment le cas de certains somnifères ou médicaments contre la toux.
Ce changement a rapidement généré des inquiétudes au sein de l’industrie pharmaceutique, représentée par l’Association des entreprises pharmaceutiques de Suisse (Vips). Selon cette dernière, la reclassification a engendré un surcoût annuel de 100 millions de francs pour l’assurance maladie, principalement dû à l’augmentation des consultations médicales, les patients devant désormais obtenir une ordonnance pour accéder à certains médicaments.
En réponse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a contesté ces chiffres. Selon cette institution, le véritable surcoût serait bien inférieur, se chiffrant à un maximum de 24,5 millions de francs par an. Ce point de divergence est au cœur des discussions actuelles sur les coûts liés à ce changement de règle, rapporte 20 Minutes.
Les différentes réactions des patients et l’impact des consultations médicales
Une des principales raisons de la différence d’estimation entre l’industrie pharmaceutique et l’OFSP réside dans l’impact des consultations médicales. Selon l’association des entreprises pharmaceutiques, l’augmentation des prescriptions médicales a directement entraîné des frais supplémentaires pour l’assurance maladie. En effet, pour obtenir une ordonnance pour les médicaments de la catégorie B, de nombreux patients ont dû consulter leur médecin, générant des coûts supplémentaires à hauteur de 50 francs par consultation, selon Vips.
En revanche, l’Office fédéral de la santé publique a observé que beaucoup de patients ont opté pour des substituts qui ne nécessitent pas de prescription. Ce changement de comportement a permis de réduire l’impact des surcoûts. En outre, l’Office a souligné que les médicaments reclassés en catégorie B ont tout simplement été moins vendus, notamment en raison de leur augmentation de prix liée à la nécessité d’une ordonnance.
Ainsi, selon l’OFSP, l’impact des consultations médicales a été largement contrebalancé par cette baisse des ventes. Comme l’indique l’OFSP, l’utilisation de ces médicaments reclassés a diminué de manière significative, ce qui a permis de limiter l’augmentation des dépenses.
Si certains médicaments ont effectivement entraîné des coûts supplémentaires, d’autres ont vu leur utilisation diminuer, ce qui relativise en partie l’ampleur de l’impact économique global. L’OFSP a estimé que, même avec l’augmentation des consultations médicales, l’augmentation nette des dépenses reste relativement modeste au regard du budget global de l’assurance maladie.
Une réponse du Conseil fédéral pour limiter les effets de la reclassification
Face à cette situation, le Conseil fédéral a décidé de prendre des mesures pour limiter les effets de la reclassification des médicaments sur le système de santé suisse. L’Office fédéral de la santé publique a annoncé plusieurs actions destinées à alléger la facture.
L’une des principales mesures consiste à sensibiliser les pharmaciens, afin qu’ils fassent un usage plus fréquent de leur compétence pour délivrer des médicaments sans ordonnance. Cela devrait permettre de réduire le nombre de consultations médicales inutiles et de limiter ainsi les coûts associés.
De plus, un nouvel étiquetage des médicaments pourrait être introduit pour indiquer plus clairement aux patients si un médicament peut être délivré sans ordonnance. L’objectif est d’encourager les patients à acheter directement ces médicaments auprès des pharmaciens, sans devoir consulter un médecin pour obtenir une prescription. Selon l’OFSP, ces mesures d’optimisation devraient permettre de mieux gérer les coûts liés à la reclassification, tout en améliorant l’accès aux médicaments pour les patients.
Bien que l’impact de la reclassification reste une question complexe, ces initiatives visent à réduire les surcoûts et à mieux contrôler les dépenses de santé. En tout, l’OFSP estime que les économies potentielles pour chaque Suisse pourraient aller de 20 à 90 centimes par mois, si ces mesures sont effectivement mises en œuvre et si les patients adoptent les bonnes pratiques.