Réduire les prix des médicaments aux États-Unis et les augmenter en Suisse, Trump joue avec la pharma suisse

Les accords entre Donald Trump et les géants pharmaceutiques suisses représentent un tournant pour l’industrie, avec des répercussions potentielles sur les prix des médicaments en Suisse.

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Réduire les prix des médicaments aux États-Unis et les augmenter en Suisse, Trump joue avec la pharma suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

L’industrie pharmaceutique suisse, pilier de l’économie nationale, fait face à une pression accrue suite aux récentes négociations entre Donald Trump et les géants pharmaceutiques suisses, comme Roche et Novartis. En choisissant la Suisse comme pays de référence pour les prix des médicaments aux États-Unis, Trump impose des changements qui pourraient avoir de lourdes conséquences pour l’industrie, mais aussi pour la population suisse. 

Si cette initiative vise à réduire les prix des médicaments aux États-Unis, elle pourrait indirectement influencer les prix pratiqués en Suisse et mettre en péril l’innovation dans le secteur. À terme, cette situation pourrait fragiliser la compétitivité des entreprises suisses sur les marchés mondiaux, tout en affectant leur capacité à investir dans la recherche et le développement de nouveaux traitements.

Les conséquences directes des accords entre Trump et la pharma suisse

La principale conséquence des accords entre Donald Trump et les entreprises pharmaceutiques suisses réside dans l’application du principe du Most Favoured Nation (MFN), qui stipule que les prix des médicaments aux États-Unis ne devront pas dépasser ceux pratiqués dans le pays de référence le moins cher. La Suisse, en tant que pays de référence dans plusieurs programmes de santé publique aux États-Unis, pourrait voir ses prix de médicaments influencés par cette décision. Les grandes entreprises pharmaceutiques suisses comme Roche et Novartis sont particulièrement concernées, car elles pratiquent des prix relativement élevés en Suisse, ce qui pourrait rendre leurs médicaments plus coûteux sur le marché américain.

Le principal problème réside dans la manière dont la Suisse rembourse les médicaments protégés par des brevets. Actuellement, le pays consacre une faible proportion de son PIB à ce remboursement, ce qui ne permet pas de maintenir les prix des médicaments à un niveau suffisant pour répondre aux exigences du marché américain. Cette situation pourrait se traduire par une pression sur les prix que Roche, Novartis et d’autres entreprises pharmaceutiques peuvent pratiquer aux États-Unis, réduisant ainsi leurs marges bénéficiaires et affectant leur rentabilité. Selon des estimations, ces baisses de prix pourraient concerner jusqu’à 40 % des dépenses annuelles américaines en médicaments, avec un impact significatif sur les entreprises suisses.

Les dirigeants de l’industrie, comme David Traub de Novartis, soulignent que cette pression sur les prix pourrait empêcher le lancement de nouveaux médicaments en Suisse. En effet, les entreprises pharmaceutiques pourraient être dissuadées d’introduire de nouveaux traitements à des prix trop bas, sachant que cela pourrait réduire leurs profits aux États-Unis. Cette dynamique pourrait également affecter l’innovation, un domaine où la Suisse a toujours été un leader mondial. Les entreprises suisses risquent de renoncer à investir dans la recherche et le développement si les prix de leurs produits ne permettent plus de financer des innovations de qualité.

Une hausse des prix et des ajustements stratégiques

Pour éviter ces conséquences néfastes, l’industrie pharmaceutique suisse cherche à augmenter les prix des médicaments en Suisse, arguant que cela est nécessaire pour garantir une rémunération adéquate de l’innovation. Les représentants de l’industrie, tels que Jörg-Michael Rupp, président d’Interpharma, insistent sur le fait que des prix plus élevés permettront d’assurer un approvisionnement constant en médicaments et de soutenir la recherche et le développement, souligne Watson. Cependant, cette demande d’augmentation des prix soulève de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne l’impact sur les primes d’assurance-maladie en Suisse.

Actuellement, la Suisse consacre environ 0,43 % de son PIB aux médicaments protégés par des brevets, un montant relativement bas par rapport à d’autres pays européens comme l’Allemagne (0,67 % du PIB) ou la France (0,82 % du PIB). Les entreprises pharmaceutiques militent pour que la Suisse s’aligne sur ces pays de référence afin de garantir des financements suffisants pour les médicaments innovants. Toutefois, cette augmentation des prix pourrait entraîner des hausses des primes d’assurance-maladie, ce qui poserait un problème pour les assurés, en particulier ceux dont les revenus sont modestes.

Le Conseil fédéral a commencé à prendre des mesures pour répondre à ces préoccupations, mais les solutions à court terme ne sont pas encore claires. L’Office fédéral de la santé publique reste réticent à l’idée d’une augmentation des prix, soulignant que l’industrie pharmaceutique réalise déjà des bénéfices substantiels. Thomas Christen, vice-directeur sortant de l’Office fédéral, a récemment exprimé ses préoccupations, soulignant que les hausses de prix pourraient entraîner des coûts supplémentaires pour les assurés et nuire à l’accès aux soins pour certains patients.

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