Guerre des pourboires : les gratifications vont-elles être retirées des poches des travailleurs ?

Le débat sur la taxation des pourboires refait surface à Berne. Avec l’essor des paiements par carte, les gratifications deviennent plus traçables, ce qui relance les discussions sur leur imposition.

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Guerre des pourboires : les gratifications vont-elles être retirées des poches des travailleurs ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La question de la taxation des pourboires refait surface à Berne en 2026, soulevant un débat qui divise élus et acteurs économiques. Le conseiller national Vincent Maître, membre du parti centriste Le Centre, a déposé une motion visant à protéger les pourboires volontaires de toute taxation. 

En effet, la question de leur imposition s’intensifie avec la généralisation des paiements électroniques, qui facilite la traçabilité des montants versés. La motion, soutenue par une quarantaine de parlementaires, propose de modifier la législation actuelle pour garantir que les pourboires restent exonérés d’impôts, malgré la facilité accrue de leur suivi.

Une motion contre la taxation systématique des pourboires

La loi suisse actuelle prévoit que seuls les pourboires représentant une part significative du salaire sont soumis à l’impôt. Toutefois, avec la généralisation des paiements par carte, la traçabilité de ces sommes devient plus simple, ce qui pousse certains à réclamer une taxation systématique. Le Conseil fédéral n’a pas exclu cette possibilité, et l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) continue de réfléchir à cette question, notamment en raison des nouvelles pratiques de paiement numérique. Cependant, une telle évolution inquiète de nombreux parlementaires, et en particulier Vincent Maître, qui mène la fronde contre cette taxation.

Sa motion, cosignée par une quarantaine de parlementaires, cherche à préserver les pourboires volontaires des travailleurs en les excluant du calcul du salaire imposable. Il souhaite également que ces pourboires ne soient pas soumis à l’impôt sur le revenu. « Afin de garantir la sécurité juridique et de s’assurer que le personnel reçoive l’intégralité du montant versé par les clients, les pourboires volontaires ne devraient ni être pris en compte dans le salaire déterminant, ni être soumis à l’impôt sur le revenu », explique-t-il.

La question de la taxation des pourboires est d’autant plus pertinente que, selon les données du Matin Dimanche, le montant global des pourboires en Suisse atteint près d’un milliard de francs par an, une somme non négligeable qui pourrait être affectée par une réforme législative. Dans ce contexte, la motion de Vincent Maître vise à garantir la stabilité du système actuel, en évitant toute insécurité juridique liée à la taxation des gratifications volontaires.

Un enjeu économique majeur pour les secteurs dépendants des pourboires

Les pourboires représentent une part importante des revenus des employés dans certains secteurs, en particulier dans l’hôtellerie, la restauration et les services. Le montant global des pourboires en Suisse est estimé à près d’un milliard de francs par an, un chiffre qui souligne l’importance de ces gratifications pour les travailleurs dans ces industries. Les pourboires ne sont pas seulement un geste de reconnaissance de la part des clients, mais dans de nombreux cas, ils complètent un salaire de base relativement faible, notamment dans des secteurs comme la restauration.

La taxation des pourboires pourrait entraîner une réduction significative des montants perçus par les employés, ce qui nuirait à leur pouvoir d’achat et à leur qualité de vie. Si ces gratifications étaient intégrées dans le revenu imposable, cela pourrait affecter non seulement les travailleurs, mais aussi les pratiques des employeurs, qui seraient contraints d’ajuster les salaires de base ou de réorganiser les systèmes de rémunération.

Pour des organisations comme GastroSuisse, représentant les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie, cette question est d’une grande importance. Ils plaident pour une clarification légale afin d’éviter toute confusion ou insécurité juridique pour les employeurs et les employés. En effet, dans un environnement où les paiements par carte sont de plus en plus fréquents, il est crucial d’avoir des règles claires pour éviter des abus et protéger les droits des travailleurs.

De plus, une taxation des pourboires pourrait avoir des répercussions sur les comportements des consommateurs. Si les clients savent que leurs pourboires seront soumis à l’impôt, cela pourrait les inciter à réduire les montants offerts, nuisant ainsi aux revenus des travailleurs. En réponse à cette problématique, des parlementaires et des professionnels du secteur plaident pour que les pourboires restent un moyen de récompenser directement le service rendu, sans intervention fiscale.

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