La pharma suisse place 73 milliards aux États-Unis, pour quelle raison ?

Roche et Novartis investissent 73 milliards de dollars aux États-Unis pour contrer les menaces de droits de douane de Trump et renforcer leur position sur le marché.

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Quelques médicaments sur un billet de un dollar
La pharma suisse place 73 milliards aux États-Unis, pour quelle raison ? - © Canva

L’industrie pharmaceutique suisse a récemment été secouée par les annonces de Roche et Novartis, qui ont promis respectivement d’investir 50 et 23 milliards de dollars aux États-Unis au cours des cinq prochaines années.

Derrière ces montants impressionnants, il se cache une réponse directe aux menaces de Donald Trump sur les droits de douane sur les médicaments. En effet, le président américain a menacé d’imposer des droits de douane sur les médicaments importés, ce qui aurait un impact direct sur les entreprises suisses, leaders dans le secteur pharmaceutique.

Ces annonces peuvent donc être interprétées comme une mesure pour éviter de tels tarifs punitifs, en plus de viser un renforcement de leur influence sur un marché clé.

Des investissements qui étaient déjà planifiés

Même si les entreprises évoquent des investissements destinés à soutenir l’innovation et la création d’emplois, les analystes soulignent que ces projets étaient en grande partie déjà dans les cartons avant les menaces de Trump.

Novartis, par exemple, avait déjà décidé il y a trois ans de passer de la dixième à la cinquième place des entreprises pharmaceutiques aux États-Unis, avec un objectif de long terme d’investir massivement sur ce marché. Le groupe avait donc prévu des investissements conséquents, bien avant les tensions politiques récentes.

Roche, pour sa part, avait également prévu la construction d’une usine de thérapie génique et d’un centre de recherche sur l’intelligence artificielle, éléments déjà inclus dans les projets annoncés aujourd’hui. Selon l’analyste pharmaceutique Stefan Schneider, ces dépenses étaient en grande partie anticipées, bien qu’elles soient désormais communiquées avec plus de visibilité, notamment pour répondre à la pression politique américaine, rapporte Watson.

Ces investissements ne sont donc pas uniquement une réponse aux tensions commerciales actuelles, mais s’inscrivent dans une stratégie de long terme des deux entreprises pour renforcer leur présence en Amérique, un marché clé pour l’avenir du secteur pharmaceutique mondial.

Un marché américain profitable, mais incertain

L’un des principaux arguments avancés par les dirigeants de Roche et Novartis pour justifier ces investissements est la rentabilité du marché américain, qui, selon eux, reste un moteur d’innovation et de création d’emplois.

Toutefois, cette rentabilité est en grande partie due à des prix des médicaments bien plus élevés qu’en Europe, une situation que Donald Trump cherche à changer. Le président américain travaille actuellement sur une réforme des prix des médicaments pour les réduire, un projet qui pourrait avoir un impact significatif sur la rentabilité des pharmaceutiques.

Les prix des médicaments aux États-Unis sont actuellement trois fois plus élevés qu’en Europe, et le modèle américain repose sur un grand nombre d’acteurs qui négocient les prix, sans pouvoir centralisé. Cela a permis aux entreprises pharmaceutiques de maintenir des prix élevés, mais la réforme envisagée par Trump pourrait transformer la situation, notamment si un système de tarifs de référence venait à être introduit.

Roche et Novartis, dans ce contexte, sont déjà en train de se préparer à ces évolutions potentielles. Tandis que Trump continue d’exprimer son souhait de faire baisser les prix, les géants pharmaceutiques suisses ont exprimé leur volonté de voir les prix européens alignés sur ceux des États-Unis, pour soutenir la croissance du secteur.

Le patron de Novartis, Vas Narasimhan, a ainsi récemment appelé la Commission européenne à augmenter les prix des médicaments en Europe, estimant que des prix plus bas limitent artificiellement la croissance du secteur.

Des stratégies face à des incertitudes politiques

Les investissements massifs de Roche et Novartis, bien que stratégiques, sont loin de garantir une stabilité face aux risques de droits de douane. Selon l’analyste Stefan Schneider, si Donald Trump décide malgré tout de maintenir ses menaces, les entreprises pourraient faire face à des problèmes de chaîne d’approvisionnement, ce qui risquerait de perturber la production de médicaments et d’entraîner des répercussions sur les marchés boursiers.

Cependant, Roche a déjà pris les devants en augmentant ses stocks aux États-Unis et en Chine, et a même adapté certaines de ses lignes de production pour éviter que les droits de douane ne frappent certains médicaments spécifiques.

Le CEO de Roche, Thomas Schinecker, a confirmé que quatre médicaments fabriqués jusqu’ici à l’étranger seraient désormais produits aux États-Unis, ce qui permettrait à l’entreprise de mieux se préparer à l’imposition de taxes d’importation américaines.

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