En Suisse, obtenir le passeport suisse est un processus exigeant, mais certaines catégories de résidents semblent y parvenir plus facilement que d’autres. De nouvelles données provenant du canton de Zurich révèlent une disparité frappante dans les demandes de naturalisation.
Les communes prospères autour du lac de Zurich enregistrent un nombre élevé de demandes, malgré une faible proportion de résidents remplissant les conditions de base. Ce phénomène soulève des questions sur l’impact des inégalités économiques et sociales dans l’accès à la nationalité suisse.
Le phénomène des communes riches autour du lac de Zurich
Les communes situées autour du lac de Zurich, telles que Küsnacht, Zollikon, Herrliberg, Meilen, Rüschlikon et Kilchberg, enregistrent un nombre disproportionné de demandes de naturalisation. Par exemple, à Küsnacht, bien que seulement 9,5% de la population remplisse les critères formels, 6,8 demandes pour 1 000 habitants ont été déposées l’année dernière. À Rüschlikon, la commune la plus riche du canton, ce chiffre atteint 12,6 demandes pour 1 000 habitants, alors que seulement 10,2% des résidents sont éligibles. Ce phénomène, surnommé l’« effet Côte d’Or », montre qu’un nombre relativement faible de résidents remplit les conditions de base, mais un grand nombre de demandes est soumis, explique Blick. Cela contraste avec d’autres communes où la proportion d’étrangers est élevée et où la majorité des résidents pourraient être éligibles à la naturalisation, mais où le nombre de demandes reste étonnamment bas.
L’une des raisons possibles de cet écart pourrait être que dans ces communes riches, les résidents sont généralement bien établis, avec une éducation de haut niveau et des moyens financiers. Les expatriés, souvent présents dans ces zones, sont également plus enclins à demander la nationalité suisse une fois qu’ils y sont éligibles. En revanche, dans des communes moins prospères comme Schlieren ou Dietikon, bien que le pourcentage de personnes éligibles soit élevé (22,7% à Schlieren), le nombre de demandes reste faible, suggérant que d’autres facteurs influencent cette dynamique, au-delà des simples critères de résidence.
L’influence de l’éducation et du statut socio-économique sur la naturalisation
Le processus de naturalisation en Suisse repose sur plusieurs critères, dont le respect des conditions de séjour et l’intégration sociale, mais de plus en plus de données montrent que les facteurs socio-économiques jouent un rôle clé. Les réformes récentes du droit de la nationalité suisse, mises en place en 2018, ont renforcé les exigences, notamment en matière de connaissances linguistiques et d’indépendance économique. Ces modifications semblent favoriser les personnes issues de milieux plus favorisés et plus éduqués. En effet, une étude publiée en 2024 pour la Commission fédérale pour les questions de migration a révélé que plus de la moitié des personnes naturalisées possédaient désormais un diplôme universitaire, contre environ un tiers avant la réforme.
Les données de Zurich confirment cette tendance : dans les communes riches, les résidents ont des revenus plus élevés et sont plus susceptibles de remplir les conditions d’intégration, comme la maîtrise de la langue et l’autonomie économique. En revanche, ceux ayant des difficultés économiques ou linguistiques, souvent présents dans les zones moins favorisées, voient leurs chances de naturalisation diminuer considérablement. Ainsi, la naturalisation devient de plus en plus un privilège des plus instruits et des mieux établis économiquement, ce qui accentue les inégalités sociales.
L’« effet Côte d’Or » montre clairement que les personnes issues de milieux favorisés, ayant accès à des ressources et à des réseaux d’information, sont en meilleure position pour compléter rapidement leur dossier de naturalisation. Ce groupe est également plus susceptible de remplir les critères stricts en matière de langue et d’intégration sociale, facilitant ainsi leur accès à la citoyenneté suisse. En revanche, les individus sans formation universitaire, ou ceux ayant eu recours à l’aide sociale, sont nettement désavantagés.








