Les officiers de l’armée suisse réclament 100 milliards pour combler 35 ans de coupes budgétaires

Les militaires suisses réclament 100 milliards de francs pour moderniser l’armée, doubler les effectifs et renforcer la défense face aux tensions en Europe.

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financement de l'armée suisse
Les officiers de l'armée suisse réclament 100 milliards pour combler 35 ans de coupes budgétaires - © Shutterstock

Face aux tensions grandissantes en Europe, les associations militaires suisses appellent à un investissement massif dans la défense nationale. Elles réclament un plan d’urgence de 100 milliards de francs pour corriger ce qu’elles qualifient de sous-financement chronique de l’armée depuis plusieurs décennies.

Un contexte sécuritaire jugé critique pousse les officiers à hausser le ton. Selon eux, l’armée suisse n’est plus en capacité de défendre efficacement le territoire et nécessite une transformation rapide et profonde. Le gouvernement est sommé d’agir, alors que les débats parlementaires restent divisés.

La demande des associations militaires suisses intervient dans un climat de réarmement généralisé en Europe. Tandis que l’Union européenne prévoit des plans de financement importants pour renforcer ses capacités de défense, et que l’Allemagne appelle à renforcer la dissuasion, la Suisse tente de suivre le mouvement. Selon Blick, les officiers dénoncent un désengagement budgétaire sur 35 ans qui aurait privé l’armée de 120 milliards de francs.

En réaction, ils formulent une revendication forte : injecter immédiatement 13 milliards de francs, puis allouer entre 80 et 90 milliards supplémentaires à court terme pour rattraper le retard accumulé. Cette somme serait destinée à moderniser l’équipement, augmenter les effectifs et garantir l’autonomie de production militaire sur le territoire suisse.

Une modernisation d’envergure exigée

Les associations militaires considèrent que l’armée suisse est dépassée. La Société des officiers des troupes blindées, soutenue par d’autres organisations militaires, affirme que « le Parlement se montre surpris et impuissant face aux graves lacunes ».

D’après les éléments relayés par le média helvétique, l’armée devrait être dotée de nouveaux équipements lourds : 110 nouveaux chars, la modernisation des Leopard 2 existants, ainsi que des centaines de véhicules blindés pour l’infanterie et la logistique.

À cette liste s’ajoutent des drones pour la reconnaissance et le combat, l’extension de la défense aérienne, et environ 10 milliards de francs pour les munitions. L’équipement de chaque soldat est également mis en cause : casques, gilets pare-balles et armes individuelles sont jugés insuffisants, et leur remplacement est jugé urgent.

Les officiers insistent sur un point stratégique : sans autonomie de production, la Suisse resterait vulnérable. Ils citent comme exemple les drones israéliens, commandés depuis plusieurs années mais toujours pas livrés, pour souligner l’inefficacité des approvisionnements extérieurs en cas de crise.

Une augmentation massive des effectifs envisagée

Au-delà des équipements, les officiers estiment que la force humaine de l’armée est insuffisante. Actuellement composée de 140 000 personnes, elle devrait, selon eux, atteindre 250 000 pour répondre aux exigences de sécurité.

Cette montée en puissance passerait notamment par une extension de l’âge maximal de service. Selon leurs déclarations rapportées par la source, l’armée comptait encore 400 000 hommes au début des années 2000, et plus de 800 000 dans les années 1990.

Ils critiquent vivement l’inaction des autorités sur ce dossier. Le Conseil fédéral a récemment rejeté deux propositions de réforme du service militaire, préparées par l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd. Les représentants des associations jugent cette décision scandaleuse, estimant que les solutions sont connues mais que la volonté politique manque cruellement.

Un débat politique tendu sur le financement

La demande de 100 milliards ne fait pas l’unanimité. Au Parlement, les positions sont contrastées. La conseillère nationale socialiste Priska Seiler Graf reconnaît la nécessité de renforcer la défense, mais qualifie la proposition actuelle de « totalement disproportionnée ». Elle remet en cause la crédibilité d’un scénario de guerre terrestre en Europe de l’Ouest et s’inquiète des sources de financement pour un tel plan.

À l’inverse, Werner Salzmann, conseiller aux États de l’Union démocratique du centre et membre de la Commission de politique de sécurité, juge ces investissements réalisables, à condition qu’ils s’étalent sur 20 ans. Il précise que cet effort ne pourra être lancé qu’en respectant les contraintes du frein à l’endettement, que le Parlement refuse de modifier.

Selon les associations militaires, l’État ne peut pas exiger des citoyens qu’ils risquent leur vie sans leur fournir les moyens adéquats. Elles estiment que pour un des pays les plus riches au monde, refuser de financer correctement son armée constitue un manquement grave à ses responsabilités.

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