« Beaucoup trop bas » : Novartis s’en prend aux prix des médicaments en Suisse

Les critiques de Novartis visent à rétablir un équilibre mondial dans le financement de l’innovation pharmaceutique en révisant les politiques de prix.

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« Beaucoup trop bas » : Novartis s’en prend aux prix des médicaments en Suisse : Crédit : Keystone | Econostrum.info - Suisse

Le débat sur le financement de la recherche pharmaceutique ressurgit en Suisse, porté cette fois par la voix du patron de Novartis. Dans une interview accordée à la presse, Vas Narasimhan pointe directement la faiblesse des prix helvétiques, qu’il juge en inadéquation avec les besoins d’innovation du secteur. 

Le dirigeant insiste sur le fait que les États-Unis assument une part excessive des investissements en R&D, tandis que les autres pays en bénéficient sans en assumer les coûts. Ces propos soulèvent des questions sur l’équité du système actuel et les pressions croissantes qui pèsent sur les marchés européens.

Novartis veut rééquilibrer l’effort d’innovation entre les pays industrialisés

Le PDG de Novartis, Vas Narasimhan, souhaite réduire les disparités de prix entre les États-Unis et le reste du monde industrialisé. Dans une déclaration relayée par la Neue Zürcher Zeitung, il affirme que « les patients américains paient une grande partie des innovations ». Ce déséquilibre est, selon lui, devenu problématique, car il place un fardeau croissant sur le marché nord-américain pour soutenir les avancées scientifiques du secteur pharmaceutique mondial. Le dirigeant estime que les pays européens, y compris la Suisse, devraient prendre une plus grande part de responsabilité dans le financement de l’innovation.

Les propos de Narasimhan s’inscrivent dans un contexte politique international tendu. Dès août, l’ex-président américain Donald Trump avait demandé une réduction immédiate des prix de médicaments à plusieurs grands groupes pharmaceutiques, dont Novartis, Roche et Pfizer, leur laissant un délai de 60 jours pour se conformer à cette exigence. Cette injonction représentait un risque de pertes de plusieurs milliards pour ces laboratoires. Depuis, Novartis affirme coopérer activement avec les autorités américaines afin de « trouver des solutions constructives » permettant de rendre les traitements plus accessibles aux patients américains, sans mettre en péril le financement de la recherche.

Pour le PDG de Novartis, une solution pérenne passe par une révision des politiques de prix à l’échelle internationale. Il appelle les pays européens à sortir d’un modèle où l’accès aux médicaments repose sur des tarifs encadrés qui, selon lui, ne reflètent pas la valeur réelle de l’innovation. Narasimhan ne fournit pas de chiffre précis quant au niveau auquel les prix devraient être relevés, mais affirme que les montants suisses sont actuellement « dans la fourchette basse » parmi les pays de l’OCDE.

Le système suisse visé pour ses prix encadrés

En Suisse, le prix des médicaments est fixé par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), selon une procédure strictement réglementée. Ce mécanisme repose sur une double comparaison : d’une part, avec les prix pratiqués dans d’autres pays de référence, et d’autre part, avec l’utilité thérapeutique du médicament concerné. Cette approche vise à garantir un accès équitable aux traitements, tout en contenant les coûts pour les assurances et les patients. Pour les industriels, cela limite toutefois la possibilité de rentabiliser pleinement leurs investissements en recherche.

C’est précisément ce cadre que critique Novartis. Vas Narasimhan souligne que les prix en Suisse sont « beaucoup trop bas » pour soutenir l’effort d’innovation. Le groupe considère que cette politique tarifaire contribue à renforcer les déséquilibres au niveau mondial. Contrairement aux États-Unis, où les laboratoires peuvent fixer librement leurs prix, le système suisse contraint les entreprises à fonctionner avec des marges plus faibles sur certains produits. Cela crée, selon lui, un environnement dans lequel les entreprises européennes profitent indirectement de la contribution financière des patients américains.

À cela s’ajoute une réalité propre au marché américain. Narasimhan rappelle que près de 50 % du chiffre d’affaires brut réalisé aux États-Unis est capté par des intermédiaires tels que les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBM) ou les distributeurs. Ce système, basé sur les remises et les négociations multiples, rend la tarification particulièrement opaque, mais aussi instable. Face à ces complexités, Novartis affirme travailler sur de nouveaux modèles de fixation des prix, sans en dévoiler pour l’instant les modalités ni les marchés concernés.

L’intervention du dirigeant de Novartis relance donc un débat stratégique. Elle questionne la capacité des régulateurs européens à adapter leur modèle à une industrie mondiale soumise à des pressions économiques, réglementaires et politiques croissantes. Si aucune modification n’est annoncée à court terme, les propos de Narasimhan pourraient marquer le début d’un plaidoyer plus large visant à faire évoluer la politique suisse en matière de prix des médicaments.

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