La construction d’une nouvelle centrale nucléaire en Suisse ne serait envisageable qu’à l’horizon 2050, et uniquement si l’État s’engage financièrement. C’est la conclusion d’un rapport publié par les Académies suisses des sciences, qui souligne les nombreuses étapes politiques, économiques et techniques à franchir.
Alors que les débats sur la sécurité énergétique s’intensifient, la question du recours au nucléaire refait surface en Suisse. Le pays, confronté à une demande croissante d’électricité dans un contexte de transition énergétique, envisage de réexaminer sa position sur les nouvelles constructions atomiques.
Ce débat s’inscrit dans une dynamique plus large où l’énergie nucléaire est perçue comme une alternative à faible émission de CO2, bien que controversée. La réflexion s’amorce à travers une initiative populaire, un contre-projet du Conseil fédéral et un rapport destiné à alimenter les discussions politiques et sociales.
Un processus politique long et incertain
La possibilité de voir une nouvelle centrale nucléaire opérationnelle en Suisse avant 2050 est exclue. Selon les Académies suisses des sciences (SCNAT), même en levant l’interdiction actuelle, un tel projet ne pourrait aboutir qu’après de nombreuses étapes législatives, administratives et techniques.
Le processus inclut notamment une décision sur l’initiative « Stop au blackout », un cadre légal sur les subventions, des projets d’investisseurs, des autorisations générales, la construction, puis la mise en exploitation. Chaque étape présente un niveau d’incertitude élevé.
Le chercheur Jochen Markard de l’ETH Zurich a rappelé que « chaque décision sera assortie d’incertitudes à tous les niveaux, politique, économique et technique ». Ces incertitudes augmentent les risques d’échec du projet à divers stades, que ce soit par un rejet populaire, une opposition légale ou un blocage économique.
Un financement public indispensable
La faisabilité économique d’une nouvelle centrale nucléaire repose intégralement sur un soutien étatique. Comme l’a précisé Regina Betz, de la Haute École zurichoise de sciences appliquées (ZHAW), « toutes les nouvelles centrales nucléaires construites aujourd’hui dans le monde sont soutenues par l’État ». En Suisse, ce soutien s’avèrerait nécessaire en raison des coûts d’investissement très élevés, estimés à plusieurs milliards de francs.
Si les frais d’exploitation sont relativement faibles, les revenus attendus dans un marché de l’électricité libéralisé, dominé par les énergies renouvelables, restent incertains. Les experts soulignent également que le rendement est particulièrement flou pour la période estivale, lorsque l’offre d’électricité renouvelable est plus abondante.
Des avis partagés sur la stratégie énergétique
Les positions politiques sur le nucléaire restent divisées. Nicolas Kolly, conseiller national UDC, soutient que la transition énergétique nécessitera une part de nucléaire comme énergie d’appoint à bas coût. Il affirme que la décarbonisation ne peut se faire sans électrification massive, ce qui rend le nucléaire incontournable à ses yeux.
À l’inverse, Delphine Broggini Klopfenstein, conseillère nationale verte, insiste sur les ressources renouvelables. Selon elle, « la solution la plus naturelle concerne le soleil, le vent, l’eau », accessibles localement à des prix raisonnables. Elle appelle à concentrer les investissements sur ces filières plutôt que sur des projets à long terme incertains et coûteux.
Enfin, Andreas Pautz, de l’Institut Paul Scherrer et de l’EPFL, évoque la possibilité pour la Suisse d’investir dans des centrales nucléaires de troisième génération d’ici le milieu des années 2030. Il souligne que ces modèles seraient 10 à 100 fois plus sûrs que les installations actuelles, bien que leur rentabilité ne puisse être évaluée de manière fiable avant 2035.








