Montres de luxe, diamants, sac Hermès : le prêt sur gage explose à Genève

Le recours accru au prêt sur gage à Genève reflète une réalité économique contrastée, où la recherche de liquidités immédiates concerne toutes les couches sociales.

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Montres de luxe, diamants, sac Hermès : le prêt sur gage explose à Genève : Crédit : La Depeche | Econostrum.info - Suisse

À Genève, la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG) connaît une activité sans précédent. Cette institution vieille de plus de 150 ans, longtemps perçue comme une solution marginale, voit aujourd’hui affluer un public toujours plus large. 

De la montre de luxe aux objets de la vie courante, la variété des biens mis en gage révèle l’ampleur d’un phénomène ancré dans les réalités économiques du moment. Ce recours croissant au prêt sur gage témoigne de l’urgence financière que rencontrent de nombreux foyers, quel que soit leur niveau de vie.

Une fréquentation en forte hausse : +34 % en un an

Depuis 2022, la CPPG observe une augmentation annuelle de plus de 20 % de son activité, culminant à +34 % en mai 2025 par rapport à mai 2024, indique 20 minutes. Cette dynamique s’illustre par une file d’attente qui, certains jours, s’étire du premier étage jusqu’au rez-de-chaussée des guichets de l’établissement genevois. En mai, 5433 prêts étaient en cours, pour des montants allant de 20 à 60’000 francs.

La mécanique du prêt sur gage reste inchangée : un particulier dépose un objet de valeur contre une somme d’argent. L’objet est conservé dans un coffre sécurisé. Si le prêt n’est pas remboursé dans les délais, l’article est mis en vente aux enchères publiques. Lors de la vente du 8 mars 2025, 224 lots ont été proposés, générant un chiffre d’affaires de 402’300 francs. Guendalina Perusset, directrice de la CPPG, précise que moins de 5 % des objets ne sont pas récupérés par leurs propriétaires, tandis que l’excédent éventuel d’une vente est restitué au déposant et reste disponible durant cinq ans.

La demande croissante contraint la CPPG à s’adapter. Mi-mai, des travaux ont été lancés pour doubler la capacité de la chambre forte, qui accueille désormais un volume inédit d’objets en gage, reflet d’une précarité financière diffuse.

Un public de plus en plus varié : du besoin vital au choix stratégique

Le profil des clients évolue, au point que la directrice déléguée Lynn Bertholet évoque une véritable démocratisation du recours au prêt sur gage. « On voit des gens venir parce qu’ils ont besoin de liquidités pour payer leur franchise, leurs impôts ou des frais chez le dentiste », rapporte-t-elle. D’autres se présentent pour obtenir 100 francs et faire les courses à la fin de la semaine. À l’opposé, certains clients, issus de milieux très aisés, utilisent le système pour bénéficier rapidement de liquidités tout en conservant un contrôle sur leurs biens.

Les objets déposés sont aussi révélateurs de la diversité des situations : sacs Hermès, montres Patek Philippe, diamants scellés, argenterie, rubellite à 4800 francs… Autant d’objets témoignant d’un large éventail social. Pour Cédric Ribeiro, autre directeur de l’institution, la hausse du cours de l’or peut partiellement expliquer l’augmentation de la demande, mais la conjoncture économique difficile reste le moteur principal.

Cette montée en puissance du prêt sur gage interroge sur le rôle que joue cette solution dans un contexte de tension budgétaire généralisée. Loin d’être un dernier recours stigmatisant, il tend à s’imposer comme une réponse pragmatique, intégrée aux stratégies de gestion de budget des ménages. Pour certains, il constitue un filet de sécurité immédiat, pour d’autres, un levier temporaire face à une dépense imprévue ou une trésorerie tendue.

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