En 2023, le revenu disponible moyen des ménages suisses s’élevait à 7 186 francs par mois, un chiffre stable par rapport à l’année précédente, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Bien que ce revenu médian soit un indicateur de la situation financière des foyers en Suisse, il dissimule une réalité marquée par de fortes disparités.
En effet, une majorité de ménages perçoit un revenu inférieur à cette moyenne, et les dépenses contraintes, en particulier liées au logement et à l’énergie, pèsent de plus en plus lourdement sur le pouvoir d’achat des Suisses. Ces disparités se creusent davantage entre les différentes catégories de revenus, contribuant à accentuer les inégalités économiques au sein de la société suisse.
L’impact des dépenses contraintes sur les budgets des ménages
Le revenu moyen des ménages suisses en 2023 a été stable, mais cette stabilité cache une pression grandissante sur les finances des foyers, principalement en raison des dépenses contraintes. En moyenne, les ménages suisses ont consacré 5 049 francs par mois, soit 48,8 % de leur revenu brut, à des dépenses de consommation courante, selon les dernières données publiées par l’OFS. Les postes les plus lourds parmi ces dépenses sont le logement et l’énergie, qui absorbent environ 14 % du revenu brut des ménages. Ce chiffre a marqué une nette augmentation par rapport à 2022, avec des dépenses mensuelles liées au logement et à l’énergie qui ont grimpé de 1 374 à 1 449 francs par mois. Cette hausse est attribuée principalement à l’augmentation des prix de l’immobilier et des coûts énergétiques, qui impactent plus durement les foyers aux revenus modestes.
En dépit de cette augmentation des dépenses essentielles, les ménages suisses ont réussi à mettre de côté en moyenne 1 736 francs par mois pour épargner, soit 16,8 % de leur revenu brut. Cependant, cette capacité d’épargne varie considérablement selon le niveau de revenu. Les foyers les plus modestes, ceux dont le revenu brut est inférieur à 4 839 francs par mois, n’ont souvent pas la possibilité d’épargner et, dans certains cas, dépensent même plus que ce qu’ils gagnent. Ce phénomène s’explique en grande partie par la proportion de ménages retraités dans cette catégorie, qui, pour maintenir leur niveau de vie, financent une partie de leurs dépenses à l’aide de leur patrimoine accumulé, souvent au détriment de leur épargne future.
Inégalités sociales et la répartition des revenus dans les ménages suisses
Malgré un revenu moyen de 7 186 francs par mois, l’OFS souligne que 61 % des ménages suisses perçoivent un revenu disponible inférieur à cette moyenne. Les inégalités de revenus en Suisse restent marquées, et la répartition des sources de revenus varie largement en fonction du statut socio-économique. En 2023, le revenu du travail a constitué la part principale des revenus des ménages suisses, représentant 73,6 % du revenu brut total. Ce chiffre témoigne de l’importance du travail comme source principale de revenu, mais cette réalité masque des écarts considérables entre les foyers. Les ménages avec des travailleurs à revenu élevé ou des actifs occupés à temps plein bénéficient d’une stabilité financière que d’autres, notamment ceux bénéficiant de rentes ou de prestations sociales, ne peuvent pas égaler.
Les rentes et prestations sociales représentaient en 2023 20,8 % des revenus bruts des ménages, un indicateur important de l’importance des systèmes de soutien public pour de nombreux foyers, en particulier ceux des retraités et des familles à faible revenu. Cependant, cette part reste insuffisante pour compenser la stagnation des revenus réels dans certaines catégories sociales. Les revenus de la fortune, quant à eux, ont contribué pour seulement 4,5 % du revenu brut des ménages, une proportion faible qui reflète le faible poids de l’épargne ou des investissements dans les revenus globaux de la majorité des foyers suisses. Les transferts monétaires, tels que les pensions alimentaires, représentent également une part modeste du revenu brut, avec seulement 1,1 %.
Un autre facteur d’inégalité réside dans les dépenses obligatoires, qui ont représenté 30,5 % du revenu brut en 2023, soit 3 154 francs par mois en moyenne. Les impôts sont de loin la principale dépense obligatoire, représentant environ 12 % du revenu brut. S’ajoutent à cela les cotisations aux assurances sociales (10,3 %) et les primes d’assurance maladie obligatoire (6,7 %), qui pèsent lourdement sur le revenu disponible des ménages, en particulier ceux aux revenus les plus modestes. Ces charges obligatoires sont un facteur important dans la répartition inégale du revenu disponible et limitent la capacité d’épargne et d’investissement des foyers les moins favorisés.








