Médicaments plus chers en Suisse ? La pharma sous pression, Berne sous tension

La pharma suisse réclame des hausses de prix, en pleine pression américaine. À Berne, le Conseil fédéral se divise, les assurés risquent d’en payer le prix.

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médicaments et billets de francs suisses sur un coffre rouge
Médicaments plus chers en Suisse ? La pharma sous pression, Berne sous tension - © Shutterstock

L’industrie pharmaceutique helvétique est confrontée à une offensive américaine menée par Donald Trump, qui souhaite réduire le prix des médicaments aux États-Unis. Pour compenser les pertes anticipées, les entreprises exigent des ajustements tarifaires ailleurs, notamment en Suisse, ce qui met sous tension les institutions fédérales.

Depuis plusieurs semaines, un bras de fer s’intensifie entre les départements de la santé et de l’économie au sein du Conseil fédéral. Tandis que la pression monte du côté de l’industrie, les implications pour les assurés et le système de santé suisse s’annoncent considérables.

Pression américaine et contrepartie exigée en Suisse

L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, envisage des droits de douane pouvant atteindre 250 % sur certains produits pharmaceutiques importés, y compris ceux en provenance de Suisse. Face à cette menace, les entreprises suisses du secteur, telles que Roche et Novartis, cherchent à préserver leur rentabilité en réclamant des hausses de prix sur le marché domestique, souligne Blick.

René Buholzer, directeur d’Interpharma, justifie ces demandes en invoquant un risque pour la recherche et le développement si les marges de l’industrie venaient à diminuer. Selon lui, des investissements pourraient être remis en question, affectant à terme la production et les recettes fiscales générées par le secteur. Cette position a été relayée lors de l’émission « Samstagsrundschau » de la SRF, dans laquelle Buholzer a souligné l’importance de la compétitivité pour maintenir la présence industrielle en Suisse.

L’exemple du modèle de répercussion des coûts, mis en avant par la Confédération pour faire baisser les prix grâce à des rabais de quantité, est particulièrement critiqué par les entreprises. Le secteur argue qu’un tel mécanisme pourrait menacer l’approvisionnement en médicaments. Roche a même retiré un traitement anticancéreux du marché suisse, estimant que la baisse de prix exigée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) était excessive, rapporte le média helvétique.

Désaccord au sein du Conseil fédéral

Cette situation a mis en évidence une fracture au sein du Conseil fédéral. Alors que le Département de l’économie, dirigé par Guy Parmelin, plaide pour une amélioration des conditions-cadres afin de préserver la compétitivité de la place pharmaceutique suisse, le Département de l’intérieur adopte une ligne opposée. L’OFSP, qui en dépend, refuse toute hausse des prix des médicaments et rappelle que la Suisse figure déjà parmi les pays aux coûts de santé les plus élevés en Europe.

Le quotidien suisse indique que des représentants de l’industrie ont rencontré à la mi-août la ministre de la Santé, Elisabeth Baume-Schneider et Guy Parmelin. Cette rencontre illustre les tensions entre les deux départements, certains observateurs parlant d’une véritable « lutte de pouvoir ». Du côté de l’OFSP, on avertit que des augmentations de prix se répercuteraient directement sur les primes d’assurance maladie, alors que celles-ci figurent parmi les principales préoccupations de la population.

Les divergences se prolongent également au sein de l’administration. Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), rattaché à Guy Parmelin, exercerait déjà des pressions en faveur des revendications de la pharma, ce que le département concerné n’a pas souhaité commenter.

Assurés en première ligne et tensions politiques

Les répercussions de ce bras de fer se font déjà sentir au Parlement. Plusieurs voix critiques dénoncent une instrumentalisation du contexte international pour imposer une dérégulation favorable aux grandes entreprises. Les représentants de l’industrie affirment pour leur part que la moitié des dépenses de santé est financée par l’impôt, et rappellent que le secteur pharmaceutique est le principal contributeur fiscal en Suisse.

Face aux menaces brandies par Interpharma de ne plus introduire certains nouveaux traitements sur le marché suisse, l’OFSP prévient qu’il ne saurait être question de faire financer ces choix par les assurés. Le retrait de certains médicaments est d’autant plus mal perçu que l’accès aux traitements reste un enjeu sensible pour les autorités sanitaires.

L’OFSP s’attend déjà à des interventions parlementaires en faveur de l’industrie lors de la session d’automne. La situation reste donc instable, entre intérêts économiques et exigences sociales, dans un pays où les coûts de santé pèsent de plus en plus lourd sur les ménages.

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