En 2024, la Suisse a dépensé 9,4 milliards de francs pour des médicaments remboursés par les caisses maladie, une augmentation de 3,6 % par rapport à l’année précédente. Cette hausse continue des coûts des médicaments dans le cadre de l’assurance-maladie obligatoire (LAMal) représente un fardeau croissant pour les assurés, déjà confrontés à des primes de plus en plus élevées.
Selon le dernier rapport sur les médicaments d’Helsana, cette hausse est alimentée par des négociations de prix opaques et un recours fréquent aux médicaments originaux, souvent plus chers que les génériques. Face à cette problématique, plusieurs partis politiques ont exprimé leur volonté de trouver des solutions pour réduire ces coûts, tandis que d’autres restent plus réservés, soulevant des questions sur l’efficacité des mesures proposées.
Les prix vitrines : une négociation coûteuse pour les assurés
Le premier problème soulevé dans le rapport d’Helsana et par d’autres experts de la santé concerne la négociation des prix des médicaments. Actuellement, les prix des nouveaux médicaments sont négociés entre l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et les fabricants, en prenant en compte deux critères : les prix pratiqués à l’étranger et les prix des médicaments déjà autorisés en Suisse pour traiter la même maladie. Cependant, ces négociations se basent sur des prix dits « vitrines », c’est-à-dire des prix artificiellement gonflés, souvent plus élevés que ceux réellement payés. Cette pratique permet aux fabricants de maximiser leurs bénéfices, mais engendre également des coûts plus élevés pour les caisses maladie et, par conséquent, pour les assurés.
Helsana souligne que la Suisse pourrait réaliser des économies considérables si les négociations se basaient sur les prix réels observés sur le marché plutôt que sur ces prix artificiels. En réponse à cette situation, plusieurs partis politiques ont exprimé leur soutien à la proposition de Helsana de modifier la méthode de négociation des prix. Le PS, les Vert’libéraux et les Vert-e-s soutiennent cette demande, estimant que la pratique des prix vitrines sert principalement à maximiser les bénéfices à l’étranger, au détriment des assurés suisses, révèle le média Beobachter. Les Vert’libéraux vont plus loin, appelant à une coordination internationale des prix afin de garantir une équité d’accès sans compromettre la sécurité de l’approvisionnement en médicaments. Le PLR, quant à lui, se concentre sur l’idée que la fixation des prix doit avant tout prendre en compte les avantages pour les patients, bien qu’il soit prêt à examiner la proposition d’Helsana si elle est soumise au Parlement.
La promotion des génériques et des biosimilaires : une solution sous-exploitée
Un autre aspect du problème des coûts élevés des médicaments en Suisse est l’utilisation limitée des médicaments génériques et biosimilaires, qui sont moins chers que leurs homologues originaux. Selon l’OFSP, l’utilisation accrue de ces produits pourrait permettre d’économiser environ 250 millions de francs par an. Cependant, en 2024, les économies réalisées grâce à ces alternatives bon marché se sont élevées à seulement 76 millions de francs, bien en dessous du potentiel estimé.
Les partis politiques se divisent sur la manière de stimuler l’utilisation des génériques et des biosimilaires. Le Centre soutient une augmentation de la quote-part pour les préparations originales à 40 % afin de rendre les médicaments génériques plus attrayants pour les consommateurs. Le PS plaide en faveur de l’obligation d’utiliser des médicaments génériques et biosimilaires pour les préparations originales non brevetées. L’UDC, de son côté, soutient depuis des années l’utilisation de ces produits, soulignant que l’extension de leur usage pourrait contribuer à réduire les coûts de santé en Suisse. Le PLR, bien qu’ayant échoué à faire adopter un modèle d’assurance qui offrirait des primes moins élevées pour ceux qui choisissent des médicaments génériques, reste en faveur de cette approche et continue de plaider pour une plus grande adoption des alternatives moins chères. Les Vert-e-s, quant à eux, soutiennent toutes les mesures visant à réduire les coûts des médicaments, mais insistent sur le fait que ces mesures ne doivent pas se faire au détriment de la sécurité des patients.
Un médicament bon marché bloqué par des enjeux commerciaux : le cas d’Avastin
Le dernier problème majeur lié aux coûts des médicaments en Suisse concerne l’accès à des médicaments moins chers mais efficaces. Par exemple, le médicament Avastin, qui est utilisé pour traiter la dégénérescence maculaire humide (DMLA), est six fois moins cher que l’alternative plus coûteuse, Lucentis. Pourtant, bien qu’il soit scientifiquement prouvé qu’Avastin est tout aussi efficace, le fabricant Roche ne souhaite pas demander une autorisation pour utiliser ce médicament pour traiter la DMLA, révèle le Deutsches Ärzteblatt. La commercialisation du médicament plus cher, Lucentis, via la filiale Genentech de Roche, serait menacée par l’introduction d’Avastin pour cette indication.
Le PS soutient l’idée que la Confédération devrait intervenir pour approuver l’utilisation d’Avastin pour la DMLA, ce qui pourrait permettre de réaliser des économies substantielles pour les patients. Cependant, le Centre s’oppose à cette proposition, invoquant des raisons juridiques. L’UDC estime que la Confédération n’est pas compétente pour approuver un médicament pour une indication particulière, soulignant que le brevet d’Avastin a expiré et que, si le marché était vraiment attractif, un autre fabricant aurait déjà lancé une alternative similaire. Le PLR estime que l’utilisation off-label (hors indications autorisées) pourrait déjà être envisagée par les médecins, mais qu’il revient aux médecins et aux assurances de décider. Les Vert-e-s, de leur côté, jugent inacceptable que l’industrie pharmaceutique bloque l’accès à des traitements bon marché pour des raisons purement commerciales.








