L’Asloca Genève a réussi à réunir plus de 7500 signatures pour son initiative « Stop à la spéculation sur nos logements », visant à accorder un droit de préemption aux collectivités publiques sur les immeubles d’habitation. Cette mesure, qui répond à une préoccupation croissante face à l’envolée des loyers, sera prochainement soumise au vote populaire.
La situation immobilière à Genève est marquée par une pression constante sur les locataires. Alors que les hausses de loyers se multiplient, la spéculation sur les biens résidentiels devient un enjeu central du débat public. Dans ce contexte, l’Asloca propose une réponse légale destinée à freiner les mécanismes jugés spéculatifs.
La portée de l’initiative dépasse la seule question du droit de préemption. Elle s’inscrit dans un cadre plus large de protection du logement abordable et d’intervention des pouvoirs publics dans le marché immobilier.
Une initiative soutenue par une mobilisation citoyenne rapide
Déposée en moins de quatre mois après son lancement, l’initiative populaire cantonale portée par l’Asloca Genève a recueilli 7586 signatures, dépassant ainsi le seuil requis. Lors d’un point presse organisé devant le Service des votations et élections (SVE), Caroline Marti, vice-présidente de l’Asloca, a souligné que ce résultat témoignait de l’ampleur des préoccupations des habitants face à la situation locative à Genève, comme le rapporte la Tribune de Genève.
L’objectif de l’initiative est d’étendre le droit de préemption existant pour les terrains aux immeubles résidentiels, permettant aux collectivités publiques, canton ou communes, d’acquérir en priorité des immeubles mis en vente. Ce mécanisme vise à soustraire certains biens aux logiques de rendement des investisseurs privés et à préserver des logements à loyers maîtrisés.
Un outil contre les achats spéculatifs
L’initiative propose que l’État ou les communes puissent exercer ce droit d’achat prioritaire au prix du marché ou à un prix réévalué. En cas de désaccord, une procédure d’expropriation serait envisageable.
Ce droit ne s’appliquerait que pour développer du logement d’utilité publique (LUP) et dans les cas où le prix de vente est jugé « manifestement exagéré » par rapport aux loyers pratiqués les cinq années précédentes.
Selon Christian Dandrès, conseiller national et juriste à l’Asloca, ces acquisitions spéculatives sont souvent le fait d’acteurs financiers institutionnels tels que des assurances ou des fonds de pension. Il dénonce des hausses de loyers jugées excessives, sans création de nouveaux logements ni rénovation.
Ces pratiques se traduisent par une pression financière accrue sur les ménages, avec des loyers pouvant représenter jusqu’à 35 % de leurs revenus, comme l’a rapporté la RTS.
Renforcer le logement abordable à Genève
L’un des objectifs déclarés de l’initiative est d’augmenter la proportion de logements d’utilité publique, qui ne représentent actuellement que 12 % du parc immobilier genevois. La législation cantonale fixe pourtant un objectif de 20 %.
En donnant aux pouvoirs publics les moyens de contrôler une partie du marché résidentiel, les initiants espèrent freiner la tendance à la hausse des loyers et maintenir une offre accessible.
Caroline Marti a résumé cette ambition en affirmant qu’il s’agit à la fois de lutter contre la spéculation et d’accroître la part de logements abordables. Le texte, désormais validé par le SVE, sera prochainement soumis à la votation populaire. Genève devra alors décider de l’opportunité de renforcer l’intervention publique dans un secteur largement dominé par les logiques privées.








