Derrière un logo familier apposé sur les boîtes de thon ou de sardines se cache une réalité bien différente de celle que le label Marine Stewardship Council entend promouvoir. Ce label, censé certifier une pêche respectueuse de l’environnement, fait l’objet de critiques sévères de la part d’experts et d’organisations environnementales.
Alors que les attentes des consommateurs en matière de durabilité sont croissantes, les révélations récentes posent la question de la fiabilité de ce label. En analysant ses pratiques de certification, des ONG mettent en lumière des méthodes de pêche destructrices ainsi que des lacunes dans la prise en compte des droits humains.
Des méthodes de pêche industrielles et destructrices
Le label MSC est reproché d’accepter des techniques de pêche qui nuisent à la biodiversité marine. Le chalut de fond, qui consiste à traîner de grands filets au fond des mers à l’aide de navires, est l’une d’elles. Cette méthode racle littéralement les fonds marins, capturant tout sur son passage, y compris des espèces qui ne sont pas visées. Un chercheur en écologie marine cité par la RTS souligne que cette technique oblige les pêcheurs à rejeter à la mer, souvent morts, les poissons qu’ils ne sont pas autorisés à capturer, provoquant ainsi un immense gaspillage.
Autre méthode critiquée : la senne coulissante sur dispositif de concentration de poissons (DCP). Elle consiste à repérer un banc de poissons à l’aide d’un DCP, puis à l’encercler avec un long filet pour le remonter. Cette pratique, bien qu’efficace pour pêcher des espèces comme le thon, a de lourdes conséquences. Elle entraîne la capture de nombreuses espèces vulnérables, notamment des requins soyeux et des requins océaniques. Le média helvétique rapporte que plusieurs centaines de milliers de ces requins périssent chaque année à cause de cette technique.
L’association Bloom dénonce particulièrement cette méthode, expliquant qu’elle représente plus de 50 % des captures de thon certifiées par le MSC. Elle souligne aussi que les dispositifs de concentration de poissons sont parfois abandonnés en mer, où ils dérivent, polluant les océans.
Des critères éthiques absents du référentiel
Les critiques adressées au label MSC ne se limitent pas aux pratiques de pêche. Des manquements sont également signalés dans la prise en compte des droits humains. Le secteur de la pêche étant particulièrement exposé aux violations, l’absence de critères dédiés dans le référentiel du MSC suscite des inquiétudes.
Selon la même source, des cas documentés de travail forcé ont été relevés sur des navires américains certifiés MSC en 2024, ainsi que dans des usines chinoises de transformation de fruits de mer en 2023, elles aussi certifiées. Ces situations mettent en lumière l’absence de garanties sociales dans un label pourtant largement promu pour sa responsabilité environnementale.
Face aux critiques, le directeur du MSC pour l’Europe du Sud, l’Afrique et le Moyen-Orient a affirmé auprès de la RTS que leur référentiel n’a jamais exclu la pêche sur DCP. Il précise également que lorsqu’une pêcherie utilise cette méthode pour une partie de ses captures, l’ensemble de son activité peut être certifié, et non uniquement les pratiques jugées durables.
Le fossé entre les engagements affichés par le MSC et les pratiques qu’il valide suscite une remise en question plus large de sa crédibilité. Selon Bloom, le label cautionne des techniques de pêche que de nombreuses organisations jugent incompatibles avec une gestion durable des ressources marines.