Le départ de Roberto Cirillo, directeur général de La Poste suisse, n’a pas été entièrement inattendu. Des signes avant-coureurs, comme son irritation face aux critiques incessantes de la classe politique et des médias, avaient alerté certains observateurs. Cirillo avait lui-même évoqué une certaine « impatience » au moment de l’annonce de sa démission.
Pour le conseil d’administration de La Poste, ce départ n’a donc pas constitué une grande surprise. Pourtant, cette annonce a révélé un problème majeur, à savoir l’absence de plan de succession au sein du groupe. Alors que d’autres grandes entreprises, comme UBS, anticipent déjà la transition de leurs dirigeants, La Poste a été prise au dépourvu, rapporte Watson. Cette défaillance pourrait avoir des répercussions importantes sur le bon fonctionnement de l’entreprise.
Un recrutement difficile et retardé
Depuis l’annonce de sa démission, le processus de recrutement pour trouver un successeur a été marqué par des difficultés. La Poste a fait appel au cabinet de chasseurs de têtes Egon Zehnder pour établir une liste de candidats potentiels. Cette liste a été discutée au sein du conseil d’administration, mais certains candidats ont déjà refusé la fonction. Selon des sources internes, ces refus sont en partie dus à la forte visibilité médiatique associée à ce poste.
Le rôle de directeur général de La Poste entraîne une exposition publique importante, ce qui a freiné certains managers du secteur privé, habitués à une plus grande discrétion. En outre, la rémunération proposée, bien que plafonnée à un million de francs suisses, semble ne pas correspondre aux attentes de certains candidats, selon le média helvétique.
Le processus de recrutement continue, mais selon les experts en recrutement, il est déjà bien trop tard. La Poste aurait dû contacter des candidats externes bien plus tôt et mener des entretiens sans engagement, pour avoir une liste de successeurs potentiels prêts à intervenir en cas de départ. Ce retard a réduit considérablement les options disponibles, et le processus pourrait encore durer entre un et deux mois avant la nomination officielle du nouveau directeur général. Dans le meilleur des cas, un remplaçant pourrait être trouvé au début de l’été 2025, mais le manque de candidats et les délais de recrutement risquent de prolonger cette attente.
L’absence de candidats internes et les risques d’une gestion de transition incertaine
L’un des points clés de la recherche de successeur est l’absence de candidats internes prêts à assumer le rôle de directeur général. Selon les informations de Watson.ch (2025), personne au sein de la direction actuelle de La Poste, informée du départ de Cirillo seulement deux jours avant le public, ne semble vouloir reprendre ce poste. Thomas Baur, responsable du réseau d’offices de poste, et Johannes Cramer, responsable des activités principales de l’entreprise, ont tous deux décliné l’idée de postuler à la direction de La Poste.
Baur, âgé de 61 ans, pourrait être limité dans sa capacité à exercer ce rôle après 2030, tandis que Cramer, de nationalité allemande et frontalier, est considéré comme inéligible à un poste de cette envergure dans un groupe étatique soumis à des régulations nationales. La Poste se retrouve donc sans solution interne, ce qui complique encore davantage le processus de recrutement.
Les solutions internes étant exclues, la Poste se tourne donc vers des profils externes. Mais comme le soulignent les experts, un recrutement externe pour une entreprise aussi complexe représente toujours un risque. L’histoire de La Poste montre que les dirigeants externes, comme Roberto Cirillo lui-même, ont parfois rencontré des difficultés, et les exemples passés de dirigeants qui ont quitté précipitamment, comme Reto Braun, montrent que ce type de recrutement peut comporter des risques importants. Mais à ce stade, la nomination d’un dirigeant externe semble inévitable.
Une transformation sous haute pression
L’entreprise publique est dans une situation délicate, avec un processus de recrutement retardé et des choix limités. Le nouveau directeur général devra non seulement diriger La Poste à travers des périodes de transformation, mais également gérer les enjeux politiques et les attentes sociales d’une entreprise emblématique pour la Suisse.
Le candidat retenu devra posséder des compétences à la fois dans la gestion d’une organisation complexe et dans la navigation au sein de l’arène publique et politique, un défi de taille pour un poste aussi exposé. Cette période de transition représente un test stratégique pour l’avenir de l’entreprise, qui devra faire face à des attentes élevées en matière de transformation digitale et d’optimisation de ses services, tout en gérant les relations avec les parties prenantes publiques et privées.








