Depuis 2021, l’inflation en Suisse s’est concentrée sur deux postes essentiels de la vie quotidienne : se loger et se déplacer. Cette progression rapide s’inscrit dans une dynamique sans précédent, marquant une rupture avec les tendances des décennies précédentes.
Derrière les chiffres, ce sont les réalités économiques des familles, des personnes seules, et des différentes régions suisses qui se dessinent. L’accumulation de ces hausses met en évidence des tensions structurelles sur le marché du logement et une évolution des prix de l’énergie qui ne montre aucun signe d’apaisement.
Une inflation accélérée sur le logement et la mobilité
L’indice Lomo, établi par Comparis en collaboration avec le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’EPFZ, mesure l’évolution des prix dans les domaines du logement et de la mobilité. En février 2025, il affichait une hausse de 0,7 % par rapport au même mois de l’année précédente. À titre de comparaison, l’indice suisse des prix à la consommation (IPC) de l’Office fédéral de la statistique a progressé de 0,3 % sur la même période.
Entre 2021 et 2025, l’augmentation cumulée dans ces deux secteurs atteint 9,7 %, soit presque autant que sur les seize années précédentes. En vingt ans, la hausse totale s’élève à 21,2 %, selon les données de Comparis relayées par Watson. Cette tendance influe directement sur la consommation des ménages, d’autant plus que le logement et la mobilité représentent environ 40 % de leur budget.
Les loyers poursuivent leur hausse, l’offre reste insuffisante
Les loyers ont progressé de 3,2 % en un an et de 9,3 % en quatre ans. Depuis vingt ans, leur augmentation cumulée atteint 31,5 %. Dirk Renkert, expert chez Comparis, explique que « l’offre insuffisante de logements continue de faire grimper les loyers ». Le phénomène est amplifié par l’absence de mesures structurelles visant à encourager la création de logements abordables.
L’indice Lomo prend également en compte l’évolution des prix des biens ménagers, comme les meubles. Certaines baisses ont été observées dans ce segment : les prix de certains meubles ont diminué de 4,3 % en un an, et les voitures d’occasion de 4,6 %.
L’énergie explose : chauffage et électricité pèsent sur les foyers
Le coût de l’énergie a fortement contribué à la hausse du coût de la vie. En quatre ans, le prix de l’énergie de chauffage a bondi de près de 50 %, et celui de l’électricité de plus de 40 %. Sur vingt ans, ces hausses atteignent respectivement 102,2 % et 67 %. Ces évolutions affectent directement les dépenses des ménages.
Malgré une baisse ponctuelle des prix en 2024, avec -8,7 % pour l’électricité et -7,4 % pour le chauffage, le renchérissement global reste marqué. Pour une famille dépensant 2500 francs par mois en loyer, 1000 francs pour la voiture et 200 francs pour les transports publics, une hausse de 0,7 % de l’indice Lomo équivaut à un surcoût mensuel d’environ 26 francs, soit 311 francs supplémentaires sur l’année.
Disparités régionales et profils les plus exposés
L’impact de cette inflation varie selon les régions et les profils de ménages. La Suisse romande enregistre la hausse la plus forte avec +0,7 %, contre +0,5 % en Suisse italienne. Parmi les catégories les plus touchées, les personnes vivant seules et âgées de moins de 65 ans subissent un taux d’inflation annuel de 1,2 %, bien au-dessus de la moyenne.
L’indice Lomo tient compte de plusieurs facteurs ; à savoir le type de ménage, la catégorie de revenus et la région linguistique. Cette approche permet une lecture affinée de l’inflation réelle ressentie, à la différence de l’IPC, qui ne prend pas en compte des éléments comme les primes des assurances sociales ou les impôts directs.