L’industrie pharmaceutique suisse représente l’un des secteurs les plus importants pour l’économie helvétique, tant en termes d’exportations que d’emplois. Cependant, cette industrie pourrait se retrouver fragilisée par la menace de taxes douanières imposées par les États-Unis.
Actuellement, les produits pharmaceutiques suisses échappent aux droits de douane de 39% appliqués par Washington sur de nombreux biens étrangers. Mais selon une étude d’UBS, si ce secteur venait à être touché par ces taxes, une délocalisation vers les États-Unis pourrait se dessiner. Ce scénario, bien qu’encore hypothétique, pourrait avoir des répercussions notables sur la croissance économique de la Suisse.
La délocalisation : une menace pour la croissance économique suisse
Les économistes d’UBS ont analysé deux scénarios pour évaluer les conséquences d’une taxation des produits pharmaceutiques suisses. Dans le premier scénario, si les entreprises du secteur choisissaient de délocaliser l’intégralité de leur production destinée au marché américain vers les États-Unis, cela entraînerait une chute de 30% des exportations suisses dans ce domaine. Une perte aussi importante pourrait nuire gravement à la croissance économique du pays. Selon Maxime Botteron, économiste chez UBS Global Wealth Management, cette délocalisation aurait des conséquences sérieuses pour l’économie helvétique, rapporte RTS. « Sur cinq ans, cela coûterait à l’économie suisse environ un quart de sa croissance », précise-t-il.
Bien que cette hypothèse de délocalisation totale soit extrême, elle met en lumière les vulnérabilités du secteur. Le marché américain représente en effet une part significative des exportations pharmaceutiques de la Suisse. Si les entreprises suisses choisissent de produire directement sur le sol américain afin de contourner les droits de douane, les pertes pour l’économie suisse seraient considérables. Toutefois, même dans un scénario aussi défavorable, une récession profonde semble peu probable. Néanmoins, la délocalisation des entreprises aurait des effets en chaîne sur d’autres secteurs, notamment l’emploi dans la production et la recherche pharmaceutique, mais aussi sur les investissements dans l’innovation.
L’autre défi est l’impact sur la compétitivité des entreprises suisses. La production aux États-Unis impliquerait des coûts supplémentaires en termes d’infrastructures, de formation de la main-d’œuvre et de logistique. De plus, bien que les États-Unis offrent un marché énorme, les coûts de production sur place pourraient grignoter les marges bénéficiaires des entreprises suisses. La question se pose donc : est-il plus avantageux à long terme de produire localement aux États-Unis ou de supporter les taxes douanières ?
Une compensation partielle via l’internationalisation : un pari risqué
Dans un deuxième scénario, UBS envisage la possibilité que les exportations vers d’autres marchés compensent en partie la perte des ventes américaines. Cette alternative se base sur l’idée que les marchés internationaux, en particulier les pays européens ou émergents, pourraient absorber une partie des pertes liées aux taxes américaines. Selon l’étude d’UBS, une telle compensation pourrait limiter les dommages, mais elle ne serait pas suffisante pour prévenir un impact majeur sur l’économie suisse. Les exportations de la pharma suisse pourraient alors chuter de 17%, entraînant une baisse d’environ 15% de la croissance économique helvétique sur cinq ans.
Si le marché européen représente une part importante des exportations pharmaceutiques suisses, les gains potentiels sur ces marchés ne suffiraient probablement pas à combler le vide laissé par la perte de la demande américaine. En outre, les marchés émergents, bien que présentant un potentiel de croissance, restent complexes, avec des défis liés à la régulation et à la concurrence locale. Par ailleurs, la volatilité des devises et les fluctuations économiques mondiales pourraient également affecter les bénéfices réalisés dans ces régions.
Dans ce contexte, les entreprises pharmaceutiques suisses pourraient être confrontées à un dilemme. S’adapter aux nouveaux enjeux du marché global en augmentant leur présence à l’international reste une option, mais elle ne réglerait pas tous les problèmes. L’exportation vers des marchés extérieurs pourrait permettre de diversifier les risques, mais elle ne pourrait pas combler totalement la perte des revenus générés par le marché américain.








