Genève face à une pénurie historique de logements

Genève enregistre son plus bas taux de logements vacants depuis 2012. Les tentatives politiques pour enrayer la pénurie restent sans effet concret.

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vue aérienne des bâtiments historiques de la vieille ville de Genève
Genève face à une pénurie historique de logements - © Sutterstock

Le canton de Genève connaît une situation immobilière sans précédent depuis plus d’une décennie. Le taux de vacance a atteint son plus bas niveau depuis 2012, rendant l’accès au logement de plus en plus difficile pour les habitants.

Alors que la population continue d’augmenter, l’offre de logements peine à suivre. Les tentatives législatives pour transformer des bureaux en logements n’ont pas suffi à inverser la tendance, et les divergences politiques compliquent toute réforme structurelle.

Un taux de vacance historiquement bas

Le 1er juin 2025, le taux de vacance à Genève s’établissait à 0,34 %, le plus bas depuis 2012, selon l’Office cantonal de la statistique. À la même date un an plus tôt, ce taux atteignait encore 0,46 %. Ce niveau confirme une situation de pénurie puisque tout taux inférieur à 2 % est considéré comme critique. Le canton comptait alors 858 logements libres, répartis entre 642 à la location et 216 à la vente.

Certaines communes concentrent particulièrement la tension du marché. Meyrin, Lancy et Vernier enregistrent des taux de vacance extrêmement bas, situés entre 0,16 % et 0,18 %.

Comme l’a rapporté 20 Minutes, la production de logements neufs a chuté. Au début des années 2020, elle atteignait en moyenne 3500 unités par an. Sur les douze derniers mois, seulement 2123 logements ont été construits, soit une baisse de 40 %.

Une loi annulée sur la transformation des bureaux

Une tentative législative, portée par la gauche, le MCG et LJS, visait à imposer aux architectes et promoteurs de prévoir la transformation de bureaux en logements dès la conception des bâtiments.

Cette loi, votée au Grand Conseil en 2024, vient d’être annulée par la justice, comme l’indique Léman Bleu. Le tribunal a estimé que cette exigence augmenterait de manière excessive les coûts de construction.

Les partisans de cette mesure estimaient qu’elle aurait permis de loger environ 4000 personnes. Cette projection a été contestée par la droite et la Chambre genevoise immobilière. Diane Barbier-Müller, présidente de la Chambre et députée PLR, a affirmé que ces chiffres étaient « totalement hypothétiques ».

Elle a rappelé que toutes les surfaces commerciales ne peuvent pas être converties, notamment pour des raisons de bruit ou d’incompatibilité avec les activités industrielles environnantes. Elle a aussi précisé que les 300 000 m² de surfaces vacantes mentionnées publiquement ne sont pas convertibles en logements.

Même dans les rangs de la gauche, les limites de cette loi étaient reconnues. Christian Dandrès, conseiller national socialiste et membre de l’Asloca, a déclaré que cette mesure allait « dans la bonne direction » mais ne suffisait pas.

Selon lui, seuls certains types de bureaux peuvent être transformés facilement, comme ceux occupés par des professions libérales, mais ils sont encore en usage. En revanche, les grands open spaces, qui pourraient être visés, présentent des contraintes techniques majeures.

Une impasse politique sur les réponses à la crise

Depuis 2015, une loi adoptée en votation populaire facilite déjà la transformation de locaux commerciaux en logements. Pourtant, cette législation n’a pas permis d’améliorer la situation.

Les désaccords entre gauche et droite sur les solutions à mettre en œuvre restent marqués.Christian Dandrès estime qu’il faut construire dans de grands secteurs et parvenir à des consensus pour déclassements, notamment en faveur du logement abordable.

La droite critique la part jugée excessive de logements sociaux dans les projets immobiliers d’envergure. Elle réclame une simplification des règles encadrant l’immobilier.

Diane Barbier-Müller plaide pour une réforme en profondeur fondée sur trois piliers : l’aménagement du territoire, la construction, et l’exploitation. Elle propose de maintenir la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR), tout en clarifiant l’ensemble du cadre juridique pour faciliter et accélérer les projets.

En 2024, seulement 2500 nouveaux logements ont été construits à Genève, contre une moyenne de 3500 par an depuis 2021. Cette baisse intervient alors que la population croît d’environ 5500 personnes chaque année. Cette dynamique démographique renforce la pression sur un marché immobilier déjà saturé.

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