La Banque nationale suisse (BNS) traverse une période de fortes tensions économiques, marquée par un environnement international instable. Alors que le franc s’apprécie et que l’inflation reste atone, les marchés anticipent un retour des taux d’intérêt négatifs.
Une situation que la BNS cherche activement à éviter, tout en se retrouvant confrontée à des facteurs externes qu’elle ne maîtrise pas. À l’approche de ses prochaines décisions monétaires, prévues fin septembre et en décembre, la banque centrale semble engagée sur une ligne de crête.
La politique de taux zéro menacée par un contexte international défavorable
Martin Schlegel, président de la BNS, a réaffirmé à plusieurs reprises son intention de maintenir le taux directeur à zéro. Les effets secondaires des taux négatifs — notamment pour les épargnants et les caisses de pension — en font une mesure de dernier recours. « Il en faut vraiment beaucoup pour les réintroduire », a-t-il déclaré d’après Watson. Pourtant, les signaux envoyés par les marchés financiers contredisent cette posture : les obligations fédérales suisses à deux ans affichent depuis des mois des rendements inférieurs à zéro, preuve que les investisseurs anticipent une baisse du taux directeur.
En Suisse, l’inflation reste exceptionnellement faible. Entre 2010 et 2020, les prix à la consommation ont reculé en moyenne de 1 %, une décennie marquée par une stagnation générale des salaires. Même après la pandémie de Covid-19, la poussée inflationniste s’est révélée temporaire. L’appréciation du franc suisse contribue à cet environnement désinflationniste, en réduisant le coût des importations. Cela place la BNS dans une position délicate : maintenir le taux à zéro en période favorable implique de disposer de peu de marge de manœuvre si la conjoncture venait à se dégrader.
Karsten Junius, économiste en chef de la banque J. Safra Sarasin, estime que la politique actuelle de la BNS est cohérente, mais que ses options sont limitées. Si la consommation et les investissements venaient à ralentir nettement, un taux négatif redeviendrait inévitable. Ce scénario ne relève plus de la simple hypothèse, mais d’une possibilité prise très au sérieux par les acteurs économiques.
États-Unis, zone euro : des risques systémiques aux conséquences suisses
Les tensions économiques internationales fragilisent encore davantage la position de la BNS. Aux États-Unis, des données récentes suggèrent que l’économie pourrait déjà être entrée en récession. En juin, les chiffres de l’emploi ont été révisés à la baisse, montrant une perte nette de postes — une première depuis 2020. Pour Mark Zandi, économiste chez Moody’s Analytics, moins de la moitié des secteurs américains ont créé de l’emploi ces derniers mois, un phénomène historiquement associé à une récession.
En parallèle, le retour au pouvoir de Donald Trump inquiète les milieux économiques suisses. Ses politiques protectionnistes, notamment l’imposition de droits de douane de 39 % sur certains produits suisses, pèsent sur les exportations. Du côté européen, la situation française n’est guère plus rassurante. Une instabilité politique croissante et une dette publique élevée laissent craindre une crise budgétaire. Selon Clemens Fuest, président de l’Institut Ifo, une telle crise affecterait directement la zone euro, et par ricochet l’économie suisse, fortement dépendante de ses partenaires européens.
Dans ce contexte, le franc suisse renforce son rôle de valeur refuge. Mais cette attractivité a un prix : elle alimente son appréciation, rendant les exportations moins compétitives et accentuant les pressions déflationnistes. Les économistes d’UBS préviennent que cette dynamique pourrait s’intensifier si le dollar continue de perdre son statut de monnaie refuge. Le dollar et l’euro étant confrontés à des incertitudes croissantes, le franc pourrait s’imposer encore davantage comme la devise de confiance lors des prochaines secousses économiques.
Même si certains facteurs d’apaisement sont envisageables — comme une suppression des droits de douane ou une reprise économique modérée —, la tendance à la baisse des taux d’intérêt à long terme est déjà enclenchée. Si la Réserve fédérale américaine décide de réduire ses taux, cela entraînera un effet domino sur les taux mondiaux, y compris en Suisse. Selon les projections de Junius, le dollar pourrait tomber à 77 centimes suisses d’ici fin 2025. L’euro, quant à lui, poursuit sa glissade face au franc depuis plusieurs années.








