Les fortunes doublent mais l’impôt diminue : Les successions atteignent un niveau inédit de 3600 milliards en Suisse

Les successions atteignent des sommets inédits en Suisse, et ce basculement silencieux pourrait changer la donne économique.

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Fortune
Les fortunes doublent mais l’impôt diminue : Les successions atteignent un niveau inédit de 3600 milliards en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les transmissions patrimoniales s’apprêtent à atteindre un niveau inédit en Suisse. Une étude dirigée par l’économiste Marius Brülhart, professeur à l’Université de Lausanne, met en lumière une progression spectaculaire des fortunes privées et des montants hérités. 

Cette dynamique intervient alors même que l’imposition des successions a fortement reculé au cours des dernières décennies. Le contraste entre l’explosion des patrimoines et l’allègement fiscal relance un débat sensible sur l’équilibre du système.

Des patrimoines records et des héritages en forte hausse

Selon les données relayées par Le Temps, les patrimoines transmissibles en Suisse ont atteint 3600 milliards de francs en 2025, soit l’équivalent de 4,2 fois le produit intérieur brut. En 2000, ce montant s’élevait à 1400 milliards de francs. L’augmentation est donc considérable sur un quart de siècle.

Les auteurs de l’étude soulignent qu’«au cours du dernier quart de siècle, les patrimoines ont progressé en moyenne de 3,9% par an, tandis que le PIB et les revenus ont crû de 2,6%». Par adulte, le patrimoine privé nominal est passé de 250 000 francs en 2000 à près de 500 000 francs en 2025. Cette évolution traduit un enrichissement global, mais aussi une montée en puissance du capital dans l’économie suisse.

La concentration des richesses s’est également accentuée. À l’échelle nationale, la part du 1% le plus riche dans la fortune imposable est passée de 36,6% en 2003 à 45,1% en 2022. Cette progression témoigne d’un accroissement du poids des très hauts patrimoines dans la structure globale des richesses.

Dans ce contexte, le volume des héritages et des donations suit la même trajectoire. Il est passé de 32 milliards de francs en 2000 à 100 milliards en 2025, selon l’analyse citée. La Suisse s’apprête ainsi à vivre une vague de transmissions sans précédent, comparable à celle observée dans d’autres pays européens.

Cette évolution s’explique notamment par la valorisation des actifs immobiliers et financiers, mais aussi par l’accumulation d’épargne au sein des générations plus âgées. Les retraités disposent aujourd’hui d’une fortune médiane «presque dix fois supérieure» à celle des actifs. Or, ils consomment moins d’un tiers de leur patrimoine durant la retraite, ce qui alimente mécaniquement les montants transmis.

Une fiscalité en recul et un débat relancé

Parallèlement à cette hausse des patrimoines, la fiscalité des successions a été progressivement allégée. Les cantons ont réduit, voire supprimé, les taxes sur les héritages en ligne directe. Selon les chiffres rapportés, le taux effectif moyen sur les successions et donations est passé de 4,6% en 1990 à 1,5% en 2025.

Marius Brülhart évoque un «paradoxe fiscal»: «On observe un paradoxe fiscal: alors que patrimoine et héritages prennent de l’importance, leur imposition diminue. Ainsi, le fardeau fiscal se déplace vers la consommation et les salaires.» Cette évolution modifie la structure des recettes publiques et la répartition de l’effort fiscal.

Le vieillissement démographique transforme également le calendrier des transmissions. Il est désormais plus probable d’hériter entre 61 et 65 ans qu’avant 45 ans. «L’héritage intervient de plus en plus tard dans la vie, et non au moment où les besoins financiers d’une jeune famille sont les plus élevés», souligne Marius Brülhart. Cette temporalité limite l’effet des successions comme levier d’ascension sociale précoce.

Le débat sur la taxation des grandes fortunes a été ravivé récemment par l’initiative des Jeunes socialistes «pour l’avenir», qui proposait de taxer à 50% les héritages dépassant 50 millions de francs. Le texte a été rejeté à 78,3% des voix le 30 novembre. Pour autant, l’échec de cette initiative ne signifie pas la fin des discussions sur l’équilibre entre capital, travail et fiscalité.

Certains économistes estiment qu’une taxation modérée des héritages pourrait être moins inégalitaire que d’autres impôts pesant sur les revenus ou la consommation. D’autres soulignent que les patrimoines ont déjà été soumis à l’impôt sur le revenu et sur la fortune au fil des années.

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