La Suisse, tout comme la Norvège et le Royaume-Uni, a été conviée à participer à une réunion informelle des ministres des Finances de l’Union européenne, qui se tiendra à Varsovie les 11 et 12 avril 2025. Cet événement marquera un tournant potentiel dans la politique de défense européenne, car l’un des points de discussion sera la coopération financière pour soutenir l’effort de défense commun.
Bien que la Suisse ne soit pas membre de l’Union européenne, la réunion pourrait ouvrir la porte à de nouveaux accords permettant à la Confédération de participer aux futurs programmes d’armement européens. Ce développement survient dans un contexte géopolitique tendu, notamment avec la guerre en Ukraine et la montée des tensions avec la Russie.
La Pologne, en première ligne pour réformer la défense européenne
Dans un climat de sécurité de plus en plus incertain, la Pologne joue un rôle central dans la révision des politiques de défense de l’UE. La Pologne, en raison de sa proximité avec la Russie et de ses préoccupations sécuritaires face à la guerre en Ukraine, prône une réforme ambitieuse des dépenses militaires européennes. Le gouvernement polonais a ainsi proposé une nouvelle approche pour coordonner les dépenses de défense entre les pays européens. Lors de cette réunion, il sera discuté de la manière dont les nations européennes, y compris des pays tiers comme la Suisse, peuvent collaborer dans la production et l’acquisition d’équipements militaires. La Pologne plaide pour la création d’une nouvelle institution intergouvernementale qui permettrait de mieux répondre aux besoins spécifiques de défense, tout en garantissant la flexibilité des pays participants. Ce mécanisme offrirait ainsi à des nations non membres de l’UE, comme la Suisse, la possibilité de s’engager dans des projets de défense communs.
L’idée d’une collaboration intergouvernementale ouvre de nouvelles opportunités pour des pays comme la Suisse, sans compromettre leur neutralité. Blick a relaté que selon un document préparé par l’Institut Bruegel, deux pistes sont envisagées pour faciliter cette coopération : un modèle de financement et de coordination des achats militaires entre pays membres de l’UE et des pays tiers, et l’inclusion de pays tiers dans les futurs programmes de défense européens. Pour la Suisse, l’option de l’achat commun via des programmes comme SAFE (Security Assistance for Europe) pourrait permettre une participation sans précédent à l’effort de réarmement de l’UE.
La Suisse et l’industrie de défense européenne : un partenariat en gestation
La question de l’intégration de l’industrie suisse de l’armement dans les programmes européens soulève également de nombreuses interrogations. Alors que l’UE n’a pas de politique de défense unifiée, les pays membres cherchent à renforcer leur coopération pour mutualiser les coûts et les ressources. L’industrie suisse pourrait jouer un rôle crucial dans cette nouvelle dynamique. Un aspect clé de cette coopération serait la possibilité pour la Suisse de participer à la production conjointe d’équipements militaires. Cette initiative pourrait bien franchir une étape importante dans le processus d’intégration de l’industrie helvétique à l’effort européen de défense.
Le Commissaire européen Andrius Kubilius a récemment ouvert la porte à une telle collaboration en soulignant que l’UE devrait poursuivre son engagement avec tous les pays européens et voisins qui partagent ses vues sur la sécurité. Il a précisé que la Suisse, tout en maintenant sa neutralité, pourrait être incluse dans des projets de coopération européenne dans le domaine de la défense. L’invitation faite à la présidente de la Confédération suisse, Karin Keller Sutter, à participer à cette réunion est donc un premier pas vers une coopération plus poussée entre la Suisse et l’UE.
Pour rendre cette coopération possible, deux options sont envisagées. La première, via le programme SAFE, permettrait aux pays tiers de conclure un accord de sécurité non contraignant avec l’UE pour participer à des achats groupés d’équipements militaires. La seconde option permettrait à des pays comme la Suisse de devenir éligibles pour les futurs programmes de défense européens, mais cela nécessiterait la signature d’un accord international de défense avec l’Union.
Dans un contexte où la Suisse a récemment modifié ses règles d’exportation de matériel de guerre, cette coopération avec l’UE pourrait se traduire par une ouverture accrue à l’exportation de technologies militaires vers des pays partenaires, tout en maintenant une position de neutralité. Les récents changements dans la législation suisse, notamment la proposition de faciliter l’exportation de matériels militaires, témoignent de cette évolution.








