Les entreprises suisses exportatrices vers les États-Unis se mobilisent après la décision de la Cour suprême américaine invalidant une partie des droits de douane imposés par l’administration Trump. Ce jugement ouvre la voie à des demandes de remboursement de plusieurs milliards de dollars auprès de l’État fédéral.
Parmi les sociétés concernées figure Victorinox, qui pourrait réclamer à elle seule 3,8 millions de dollars. Ce dossier illustre l’ampleur financière et stratégique du bras de fer commercial engagé ces dernières années entre Washington et ses partenaires économiques.
Des milliards en jeu après l’invalidation des surtaxes
La Cour suprême des États-Unis a jugé illégale une partie des droits de douane instaurés par l’administration Trump, estimant que la base juridique invoquée ne justifiait pas leur application. Cette décision a immédiatement déclenché une vague de réactions du côté des entreprises, qui entendent récupérer les montants versés au titre de ces taxes d’importation.
Selon une estimation de l’Université de Pennsylvanie, le total des sommes potentiellement concernées atteindrait 175 milliards de dollars, indique . Il s’agit des droits perçus puis déclarés illégaux, ouvrant la voie à des procédures de remboursement. À ce stade, le gouvernement américain n’a pas encore précisé les modalités ni le calendrier selon lesquels les autorités douanières procéderont aux restitutions.
Les entreprises suisses sont directement impliquées. Plusieurs groupes actifs dans l’horlogerie, l’industrie ou les biens de consommation ont payé ces surtaxes sur leurs exportations vers le marché américain. L’enjeu dépasse donc le cadre strictement juridique et touche à la compétitivité de secteurs clés pour l’économie helvétique.
Le fabricant de skis Stöckli a ainsi attaqué le gouvernement américain en justice mercredi dernier, deux jours avant la décision de la Cour suprême, selon des informations rapportées par CH Media. D’autres entreprises ont également déposé des demandes de remboursement, parmi lesquelles le fabricant zurichois d’accessoires informatiques Logitech, la société bâloise de biotechnologie Jungbunzlauer, le groupe horloger neuchâtelois Sowind Group et le distributeur genevois de produits de luxe CL International. Des acteurs majeurs de l’horlogerie, dont Swatch et Breitling, ont annoncé leur intention de suivre la même voie.
Victorinox vise 3,8 millions de dollars et réclame de la stabilité
Dans ce contexte, Victorinox examine à son tour la possibilité d’une demande formelle. Le fabricant de couteaux basé à Ibach pourrait réclamer environ 3,8 millions de dollars correspondant aux droits acquittés l’an dernier. «Le volume potentiel de récupération de l’année dernière s’élève à environ 3,8 millions de dollars. Nous examinons actuellement avec soin les conditions juridiques et administratives ainsi que la procédure concrète», a déclaré son CEO Carl Elsener à l’agence AWP, selon Blick.
Ce n’est pas la première fois que l’entreprise entreprend une telle démarche. À la mi-novembre, lorsque les droits de douane avaient été réduits de 39 % à 15 %, Victorinox avait déjà présenté des demandes de remboursement à hauteur de 300’000 dollars. L’administration Trump avait alors restitué 266’000 dollars. Cette expérience renforce aujourd’hui la crédibilité d’une nouvelle procédure.
Pour le dirigeant de Victorinox, la question dépasse le simple remboursement. Il insiste sur la nécessité d’une sécurité de planification à long terme, élément déterminant pour une entreprise active à l’international. Les changements répétés de taux et les incertitudes juridiques compliquent la gestion des coûts, la fixation des prix et les décisions d’investissement.
La situation actuelle crée une forme de compétition implicite entre entreprises pour récupérer leur part des 175 milliards de dollars estimés. Si les montants varient fortement selon la taille et l’exposition au marché américain, la dynamique est commune: obtenir réparation après une décision judiciaire favorable.
Pour l’économie suisse, cette séquence rappelle la sensibilité des exportateurs aux politiques commerciales américaines. Les États-Unis constituent un partenaire central pour de nombreuses entreprises helvétiques. Les droits de douane, même temporaires, peuvent affecter les marges et la position concurrentielle sur un marché stratégique.








