Cette erreur financière empêche les Suisses de gagner plus d’argent et met leur retraite en danger

Le manque de culture financière en Suisse empêche de nombreux citoyens d’investir, exacerbant ainsi les inégalités économiques et freinant la prévoyance.

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Cette erreur financière empêche les Suisses de gagner plus d’argent et met leur retraite en danger : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Investir son argent de manière efficace est un enjeu crucial, mais loin d’être trivial. En Suisse, bien que la stabilité économique soit au rendez-vous, une grande partie de la population continue de négliger les opportunités d’investissement. Cela est en partie dû à une réticence bien ancrée à investir dans des actions, des fonds ou des obligations, malgré les avantages qu’ils peuvent offrir à long terme. 

Une étude de la Haute école de Lucerne a mis en lumière l’ampleur de ce phénomène, soulignant que seulement 50% des Suisses investissent activement leur capital d’épargne. Ce comportement pose non seulement un défi financier individuel mais représente également un véritable problème sociétal, exacerbant les inégalités économiques et menaçant l’avenir financier des générations futures.

La réticence à investir : un défi sociétal pour les Suisses

La réticence des Suisses à investir leur capital d’épargne dans des produits financiers comme les actions, les fonds ou les obligations est un phénomène bien documenté. Selon une étude récente menée par la Haute école de Lucerne auprès de 2 005 personnes âgées de 18 à 79 ans, seulement une personne sur deux investit librement son épargne en dehors des systèmes de prévoyance comme le Pilier 3a. Ce constat révèle que, malgré un environnement économique favorable, une grande partie de la population suisse hésite à prendre des risques financiers.

Les jeunes générations, notamment celles sans formation universitaire, sont les moins enclines à investir, avec un taux de 42% d’investissement parmi les jeunes ayant peu de patrimoine ou des revenus faibles. Par contraste, les retraités représentent le groupe d’âge le plus actif en termes d’investissement. Ce paradoxe suggère qu’il existe une distinction marquée dans l’approche de l’investissement entre ceux qui disposent d’une éducation financière adéquate et ceux qui n’en bénéficient pas.

Ce phénomène est particulièrement préoccupant dans le contexte d’une évolution démographique qui fragilise les systèmes de retraite. Le vieillissement de la population, combiné à des dettes publiques croissantes, rend l’épargne individuelle encore plus cruciale. Les générations plus jeunes devront probablement financer une plus grande partie de leur retraite par des investissements personnels. Le manque d’investissement aujourd’hui pourrait ainsi se traduire par des difficultés financières importantes à l’avenir. Les jeunes, s’ils ne commencent pas à investir tôt, risquent de se retrouver dans une situation précaire à la retraite.

L’éducation financière insuffisante : une source de peur et de surconfiance

L’un des principaux freins à l’investissement réside dans un manque de culture financière. L’OCDE a souligné que seulement un tiers des citoyens des pays développés, y compris la Suisse, possédaient des connaissances financières suffisantes pour prendre des décisions éclairées concernant leur épargne. Bien que 84% des Suisses connaissent des concepts économiques de base, comme l’inflation et la dépréciation monétaire, un nombre significatif d’entre eux est incapable de comprendre comment ces notions s’appliquent à leur propre situation financière.

La peur de perdre de l’argent sur les marchés financiers découle largement de cette ignorance. En effet, selon Erwin Heri, professeur d’économie à l’Université de Bâle, « la peur résulte d’un manque de connaissances », relate Watson. Ceux qui n’ont jamais investi redoutent les petites fluctuations du marché, tandis que ceux qui ont une expérience d’investissement sont beaucoup plus disposés à accepter le risque, bien conscients que des rendements à long terme peuvent offrir des opportunités financières substantielles.

Il est souvent constaté que ceux qui investissent sont capables de gérer le risque et de prendre des décisions stratégiques à long terme. Heri précise que, à court terme, les marchés financiers sont imprévisibles, mais sur des horizons de dix ans ou plus, les actions offrent généralement des rendements bien plus élevés que les obligations d’État, qui ne rapportent plus que des rendements proches de zéro. Ainsi, un portefeuille d’actions devrait théoriquement générer entre 4 et 6% de rendement, bien plus que ce qu’un investisseur pourrait espérer en s’appuyant uniquement sur son capital de prévoyance ou sa caisse de retraite.

Malheureusement, l’étude de la Haute école de Lucerne montre que de nombreux retraités sous-estiment leurs compétences en matière d’investissement, et beaucoup souhaitent retirer leur capital de prévoyance pour investir par eux-mêmes, ce qui peut conduire à des erreurs coûteuses. Paradoxalement, ce phénomène est plus prononcé chez les investisseurs plus riches, qui surestiment souvent leurs connaissances et leur capacité à naviguer sur les marchés financiers, aggravant ainsi les inégalités économiques.

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