Le télétravail, adopté massivement après la pandémie de COVID-19, reste une réalité pour de nombreuses entreprises suisses en 2026, mais ses modalités varient considérablement. Si une majorité d’entreprises continue d’offrir cette option, d’autres ont décidé de réduire les possibilités de travail à distance, avec l’objectif de renforcer la cohésion des équipes et la productivité.
Alors que certains groupes, notamment aux États-Unis, comme Amazon et JP Morgan, ont rappelé leurs employés au bureau, cette tendance se fait-elle sentir également en Suisse ? Comment les entreprises suisses réajustent-elles leurs politiques de télétravail dans ce contexte de retour progressif à la normale ?
Durcissement des conditions de télétravail : une tendance émergente
Raiffeisen Suisse est l’une des entreprises qui a récemment décidé de durcir sa politique en matière de télétravail. Avant l’été 2025, les employés à plein temps pouvaient travailler jusqu’à quatre jours par semaine depuis leur domicile, mais cette possibilité a été réduite à seulement deux jours. Environ 2 300 collaborateurs sont concernés par cette mesure. Raiffeisen justifie cette décision par le désir de renforcer les interactions personnelles et la collaboration au sein de l’entreprise, soulignant l’importance de la présence physique pour améliorer la communication interne. Ce virage semble suivre une tendance observée dans certaines grandes entreprises américaines, qui estiment que la présence au bureau permet de mieux intégrer les nouveaux employés et de favoriser la cohésion d’équipe.
Toutefois, bien que certaines entreprises rétrécissent les options de télétravail, ce mode de travail reste largement accepté en Suisse, où un taux de 40 % de télétravail par semaine demeure commun. À l’exemple de Raiffeisen, plusieurs autres entreprises comme XXXLutz, propriétaire des enseignes Conforama, Lipo, Pfister et Mömax, ont mis fin au télétravail pour les employés travaillant dans les secteurs administratifs et marketing. Cette décision s’inscrit dans un mouvement de retour à la normalité qui vise à renforcer les liens humains au sein des équipes.
Le modèle hybride : une voie de plus en plus privilégiée
Malgré ces ajustements, la majorité des entreprises suisses continuent de favoriser un modèle hybride, combinant télétravail et présence physique. De nombreuses grandes entreprises, notamment dans les secteurs de la santé et de l’industrie, permettent à leurs employés de travailler à distance deux jours par semaine. C’est le cas des grandes caisses maladie comme Helsana et CSS, ainsi que du groupe industriel Georg Fischer. Ces entreprises défendent le modèle hybride comme une réponse aux besoins de flexibilité des employés tout en assurant une productivité optimale. Helsana, par exemple, indique que le travail à domicile correspond à un besoin essentiel de la société actuelle, un avis partagé par de nombreuses entreprises interrogées, selon Blick.
Parmi les exceptions notables, le groupe technologique ABB adopte une politique de télétravail plus généreuse. ABB permet à ses collaborateurs de travailler jusqu’à quatre jours par semaine à domicile, soit un taux de télétravail pouvant atteindre 80 %. Cette flexibilité est non seulement très appréciée, mais elle est également souvent un critère décisif lors des entretiens d’embauche. Google, de son côté, propose à ses employés de travailler jusqu’à quatre semaines par an depuis un lieu de leur choix, une politique qui attire de nombreux talents en quête de flexibilité.
Le modèle hybride semble ainsi de plus en plus populaire, et il est vu comme un moyen de répondre à la fois aux attentes des employés et aux exigences de productivité des entreprises. Toutefois, dans certains secteurs, le télétravail reste plus difficile à mettre en place. C’est le cas chez Coop, où environ 90 % des collaborateurs travaillent dans des secteurs comme la vente, la logistique ou la production, où le télétravail n’est pas viable. Cependant, dans les départements administratifs, les employés peuvent bénéficier d’un jour de télétravail par semaine.
La responsabilité individuelle et l’adaptation législative
Certains groupes, comme La Poste et PostFinance, ont adopté une approche plus flexible, privilégiant la responsabilité individuelle plutôt que des règles strictes. Sur environ 45 000 collaborateurs, près de 12 000 peuvent théoriquement travailler en télétravail, et ce choix est laissé à la discrétion des équipes elles-mêmes. Toutefois, La Poste reste attachée à une culture de travail en présentiel, estimant que le télétravail doit rester un complément à la présence sur site, sans remplacer cette dernière.
PostFinance, pour sa part, ne fixe aucune limite au télétravail, préférant une gestion flexible selon la nature des tâches et en concertation avec le supérieur hiérarchique. Cette approche est également adoptée par d’autres grandes entreprises suisses comme Novartis et Swiss Re, qui misent sur la confiance et la responsabilité individuelle.
Du côté politique, le Conseil national suisse travaille actuellement sur des réformes législatives visant à faciliter le télétravail. L’objectif est d’assouplir la loi pour mieux répondre aux nouvelles attentes des employés, notamment ceux ayant une grande autonomie dans l’organisation de leur travail. Une telle réforme viserait à permettre une meilleure conciliation entre vie professionnelle, familiale et loisirs, en évitant de formaliser un accord écrit pour le télétravail, une pratique jugée trop contraignante.








