Le 14 juin dernier, des milliers de personnes ont manifesté à travers la Suisse lors de la grève féministe, mettant en lumière l’inégalité persistante entre les sexes, particulièrement sur le plan économique. Selon des spécialistes, les femmes, au sein du couple, subissent des disparités qui les appauvrissent, tandis que les hommes en bénéficient.
Cette situation est le fruit de mécanismes structurels et culturels profondément ancrés dans la société suisse, souvent invisibles au quotidien, mais bien documentés par les experts. De la répartition genrée des tâches ménagères aux inégalités salariales, l’écart entre les sexes se creuse au sein même des foyers. À l’occasion de cette grève, l’accent a été mis sur la manière dont ces inégalités se manifestent au niveau économique, rapporte Watson.
Les femmes prennent en charge les tâches domestiques
Dans la répartition des tâches au sein des couples, les femmes assument une part disproportionnée des tâches ménagères. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), les femmes consacrent en moyenne 32 heures par semaine aux tâches ménagères, contre 22 heures pour les hommes. Cette inégalité se manifeste particulièrement dans la préparation des repas et la prise en charge des enfants, qui représentent les écarts les plus importants.
L’impact de cette division du travail est net : les femmes, en assumant ces responsabilités non rémunérées, permettent à leurs partenaires masculins de se concentrer pleinement sur leur carrière professionnelle, leurs projets, et leur réseau.
Cette dynamique structurelle désavantage les femmes en termes d’opportunités professionnelles et de rémunération, ce qui contribue à maintenir leur position économique inférieure à celle des hommes. Coline de Senarclens, directrice d’empowr, rappelle que « le patriarcat fonctionne à travers l’exploitation du corps et du travail non rémunéré des femmes ».
Les effets du temps partiel et de la maternité
La maternité constitue un tournant dans la vie professionnelle des femmes en Suisse. À l’arrivée des enfants, de nombreuses femmes réduisent leur temps de travail, voire quittent temporairement le marché du travail. Selon Coline de Senarclens, ce phénomène est lié à l’absence de politiques de soutien à la famille, telles que des places d’accueil préscolaire suffisantes ou des congés parentaux adaptés.
En 2024, près de six femmes sur dix travaillaient à temps partiel, contre seulement 20,5 % des hommes. Les postes à temps partiel sont souvent associés à des conditions de travail précaires, une couverture sociale insuffisante, et un obstacle à une carrière stable.
Cette situation affecte directement les revenus des femmes et leur capacité à accumuler des économies, ce qui contribue à leur appauvrissement au sein du couple. Ces inégalités économiques se répercutent aussi sur leur pension de retraite : l’écart de rente entre hommes et femmes atteint 30,8 %, un chiffre qui reflète l’impact à long terme de ces disparités professionnelles. En effet, les inégalités ne se contentent pas de persister pendant la carrière, elles s’accentuent au fur et à mesure de la vie.
Les conséquences économiques en cas de séparation
Les inégalités économiques deviennent encore plus visibles après un divorce. Selon Coline de Senarclens, une étude montre que, après une séparation, les femmes perdent en moyenne 38 % de leurs revenus, tandis que les hommes ne voient leur revenu baisser que de 7 %. Cette perte significative de revenus pour les femmes, qui concerne environ deux mariages sur cinq en Suisse, illustre l’impact des inégalités économiques au sein du couple.
Par ailleurs, une autre problématique se pose dans la répartition des dépenses au sein du couple. Bien que les coûts soient souvent partagés à parts égales, les revenus ne sont pas toujours proportionnels, ce qui désavantage financièrement les femmes. La répartition déséquilibrée des tâches domestiques, couplée à un partage inégal des ressources financières, permet aux hommes d’économiser davantage, tandis que les femmes se retrouvent pénalisées.








