300 millions jetés par les fenêtres : l’échec retentissant des drones Hermes 900 de l’armée suisse

Après 300 millions dépensés, les drones Hermes 900 suisses restent inutilisables. Une décision sur leur avenir est attendue d’ici la fin de l’été.

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Drone Hermes 900
300 millions jetés par les fenêtres : l’échec retentissant des drones Hermes 900 de l’armée suisse - © @SuppressedNws / X

Le programme d’acquisition de drones de reconnaissance Hermes 900, lancé en 2015, traverse une crise majeure. Après près de 300 millions de francs investis, les appareils livrés sont inutilisables à cause de problèmes techniques persistants. D’ici la fin de l’été, le ministre de la Défense Martin Pfister devra trancher : poursuivre, adapter ou abandonner ce projet controversé.

Le drone Hermes 900, présenté comme une avancée technologique de pointe pour l’armée et les autorités civiles, n’a jamais pu entrer en service opérationnel. À l’origine prévu pour 2019, il demeure cloué au sol, faute d’un système anti-collisions fonctionnel. Un constat qui relance les critiques sur les choix d’investissement militaire en Suisse.

Le Département fédéral de la défense se trouve désormais à un tournant. Après des années de promesses non tenues, l’avenir de ces drones reste incertain, symbolisant les limites d’une planification ambitieuse mais défaillante.

Un programme ambitieux porté par des promesses non tenues

Adopté en 2015 par une majorité du Parlement fédéral, le projet Hermes 900 devait révolutionner la surveillance militaire et civile. Plus grand, plus silencieux, capable de voler par tous les temps et de fournir des images de haute qualité, ce drone israélien était présenté comme un outil incontournable pour l’armée, la police, les secours et les gardes-frontière.

Le conseiller national UDC Roland Borer soulignait à l’époque que ces drones devaient renforcer considérablement la surveillance des frontières. L’ancien ministre de la Défense Ueli Maurer affirmait également que, grâce à leur autonomie, « avec six engins, nous pouvons opérer sur deux espaces en même temps », citant notamment le Tessin, Genève ou la Suisse orientale.

Or, dix ans après le lancement du programme, les résultats sont très éloignés des attentes. Cinq des six drones ont bien été livrés, mais restent inutilisables en raison de l’échec du système d’évitement automatisé, élément central du projet selon les déclarations initiales relayées par Watson.

Un drone inopérant qui pénalise les services de sécurité

Depuis le retrait des anciens drones Ranger en 2019, les autorités douanières n’ont plus accès à un soutien aérien. Le drone Hermes, qui devait pallier ce vide, n’a jamais été déployé. L’Office fédéral des douanes et de la sécurité des frontières a confirmé qu’aucun drone Hermes n’a été utilisé par les gardes-frontière jusqu’à présent.

Ce vide opérationnel survient alors que les flux de criminalité transfrontalière persistent. Interrogé par le média helvétique, un porte-parole des douanes a seulement évoqué des « ressources et moyens d’intervention disponibles » sans préciser les dispositifs alternatifs actuellement en place. Le silence des autorités, justifié par des considérations tactiques, ne fait qu’accentuer la confusion autour de ce projet.

Le contraste entre les ambitions initiales et la réalité actuelle soulève de vives inquiétudes quant à la pertinence de l’investissement, d’autant que l’appareil est inutilisable dans l’espace aérien non sécurisé sans accompagnement d’un avion, en raison de l’absence de système d’évitement fonctionnel.

Une gestion de projet fragilisée et sous surveillance

Dans son dernier rapport publié en janvier 2025, le Contrôle fédéral des finances dépeint une situation alarmante. Il pointe une série de faiblesses structurelles : objectifs irréalistes, pilotage insuffisant, mauvaise gestion des risques et de la qualité. Le rapport souligne également l’incertitude autour de la faisabilité technique du système d’évitement, pourtant déjà payé.

Le Contrôle fédéral des finances note que les fournisseurs, dont Elbit et l’entreprise publique Ruag, ne sont pas parvenus à assurer la fiabilité du projet, fragilisant l’ensemble du dispositif.

Face à cette accumulation d’échecs, trois options sont désormais sur la table, comme l’a expliqué le chef de l’armement Urs Loher à la télévision SRF : poursuivre en injectant encore des fonds, renoncer à certaines fonctionnalités, ou abandonner entièrement le programme.

Le nouveau ministre de la Défense Martin Pfister, successeur de Viola Amherd, devra rendre sa décision d’ici la fin de l’été. L’enjeu financier et politique est majeur pour le Conseil fédéral, confronté à une désillusion qui rappelle d’autres projets militaires problématiques, tel celui des avions F-35.

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