Face à Trump, la Suisse envisage une échappatoire… mais elle pourrait tout empirer

Le Liechtenstein ne représente pas une échappatoire viable aux nouvelles contraintes douanières imposées par les États-Unis.

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cantons suisses touchés par la guerre commerciale
La guerre commerciale de Trump : quels cantons suisses sont les plus touchés ? : Crédit : canva | Econostrum.info - Suisse

Les droits de douane imposés par les États-Unis à hauteur de 39 % sur certains produits suisses mettent sous pression les exportateurs helvétiques. Dans ce contexte, l’idée de faire transiter les marchandises par le Liechtenstein, pays allié et fiscalement avantagé, refait surface dans les milieux économiques. 

Le raisonnement est simple : profiter du taux douanier plus favorable de 15 % dont bénéficie le Liechtenstein pour échapper à la taxation américaine sur les produits suisses. Une piste qui paraît tentante sur le papier mais qui se heurte rapidement à des barrières juridiques et économiques bien réelles.

Une union douanière qui ne suffit pas à changer l’origine d’un produit

La Suisse et le Liechtenstein partagent une union douanière depuis 1923, avec une monnaie commune, une administration des douanes unique et un marché intérieur fluide. Cette proximité nourrit l’idée selon laquelle une marchandise suisse pourrait devenir liechtensteinoise après simple transit. Mais cette vision méconnaît les règles strictes de l’origine des produits appliquées par les États-Unis.

Aux yeux des douanes américaines, les droits de douane s’appliquent selon le pays d’origine des marchandises, pas selon leur pays d’expédition. Autrement dit, un produit suisse, même envoyé depuis le Liechtenstein, reste d’origine suisse s’il n’a pas subi de transformation sur place, explique Blick. Les autorités américaines disposent de mécanismes pour vérifier cette origine : elles exigent un certificat d’origine, examinent les documents commerciaux et peuvent mener des contrôles approfondis. Le site du Département du commerce des États-Unis précise que seule une transformation substantielle – soit une modification importante de la nature ou de la valeur du produit – permet de requalifier l’origine d’une marchandise.

Cela signifie que ni l’entreposage ni un simple reconditionnement ne suffisent. Pour qu’un produit soit considéré comme originaire du Liechtenstein, il doit y avoir une modification profonde : un ajout de valeur d’au moins 40 %, ou une transformation industrielle majeure. À titre d’exemple, un chocolat suisse reconditionné au Liechtenstein resterait suisse, alors qu’un lait transformé sur place en chocolat pourrait, sous conditions, devenir liechtensteinois.

Une stratégie économiquement risquée et politiquement délicate

Derrière cette piste technique, les coûts logistiques et industriels s’avèrent élevés. Pour respecter les règles américaines, les entreprises devraient transférer des étapes entières de leur chaîne de production au Liechtenstein. Cela suppose une main-d’œuvre qualifiée, des équipements industriels, et une capacité d’accueil que la petite principauté ne peut offrir à grande échelle. Ce surcoût annulerait probablement tout bénéfice douanier potentiel.

Plus grave encore, les conséquences diplomatiques d’un tel montage pourraient être lourdes. Comme le souligne un ancien diplomate suisse, toute tentative de contournement ouvert des droits de douane américains pourrait inciter Washington à élargir le tarif punitif de 39 % au Liechtenstein. Cela fragiliserait les relations bilatérales entre les États-Unis et la Suisse, mais aussi entre les États-Unis et le Liechtenstein. Dans un contexte de tensions commerciales, une telle manœuvre serait perçue comme un acte de défi, avec un risque de représailles économiques supplémentaires.

Nicholas C. Niggli, ancien responsable du développement économique du canton de Genève, souligne que ces droits sont avant tout une décision politique. Selon lui, la Suisse doit éviter toute tentative de contournement qui pourrait nuire à sa réputation. Il rappelle que le respect des règles d’origine constitue un principe fondamental de l’Organisation mondiale du commerce. La Suisse, grande bénéficiaire du commerce multilatéral, a donc tout intérêt à préserver la crédibilité de ce cadre juridique.

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