Face aux tensions économiques et commerciales mondiales, la Suisse cherche à diversifier ses partenariats pour éviter une dépendance excessive vis-à-vis des grandes puissances. Les récents droits de douane punitifs instaurés par Donald Trump ont incité la Berne fédérale à rechercher de nouvelles alliances commerciales, notamment avec des pays peu conventionnels comme Brunei et le Rwanda.
Ce partenariat, qui fait partie de l’initiative du « FIT-Partnership », met en lumière la stratégie suisse pour renforcer ses échanges tout en esquivant les conséquences des décisions unilatérales des États-Unis. Bien que les enjeux économiques semblent mineurs, la démarche répond à des préoccupations géopolitiques et commerciales majeures.
Une réponse directe aux droits de douane de Trump
L’initiative suisse s’inscrit dans un contexte marqué par les droits de douane de 39 % imposés par Donald Trump en août dernier. Ces mesures ont été vécues comme un coup de semonce pour de nombreux pays commerçant avec les États-Unis, dont la Suisse. En réponse à cette politique protectionniste, la Suisse a opté pour un rapprochement stratégique avec de nouveaux partenaires, en particulier ceux aux positions plus ouvertes sur le commerce international. Le « FIT-Partnership » a ainsi vu le jour, associant la Suisse à 13 pays de petite et moyenne taille, dont le Brunei et le Rwanda, deux nations qui, malgré leur poids économique modeste, partagent avec la Suisse un intérêt pour un commerce international libre et non discriminatoire.
La création du FIT-Partnership reflète la volonté de la Suisse de contrer l’incertitude en matière de politique commerciale et de se créer des alliances solides avec des économies émergentes ou moins influentes sur le plan géopolitique. Dans ce cadre, le Brunei et le Rwanda, bien que politiquement et économiquement éloignés de la Suisse, apparaissent comme des partenaires stratégiques. Ces pays ont un besoin urgent d’internationaliser leurs économies et voient dans la Suisse un acteur capable de soutenir ce processus par ses expertise et stabilité économique.
Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) précise que l’objectif de ce partenariat est de « diversifier les relations commerciales » et de répondre à « l’incertitude de la politique commerciale mondiale », relate Blick. Le choix de ces deux pays, en particulier, repose sur leur volonté commune d’accélérer le commerce avec des nations développées, tout en contournant la domination de grands blocs économiques comme l’Union européenne ou les États-Unis.
Brunei et le Rwanda : des alliés controversés aux enjeux économiques modestes
Le choix de s’associer à Brunei et au Rwanda a suscité des interrogations en raison de leurs lignes politiques controversées. Le Brunei, dirigé par le Sultan Hassanal Bolkiah depuis 1967, est souvent critiqué pour ses pratiques autoritaires et son régime politique fermé. De son côté, le Rwanda, gouverné par Paul Kagame depuis plus de 20 ans, fait face à des accusations de violations des droits de l’homme, notamment en raison de la répression de l’opposition politique et de la restriction des libertés individuelles.
Cependant, sur le plan économique, ces deux pays sont loin d’être des puissances mondiales. En 2022, le PIB de la Suisse était respectivement 59 et 66 fois supérieur à celui du Brunei et du Rwanda. Cette disparité pourrait faire douter de l’intérêt économique immédiat d’une telle alliance. Pourtant, Guy Parmelin, ministre de l’Économie, défend la logique de ce partenariat en soulignant que ces pays, comme beaucoup d’autres petites économies, ont un intérêt profond à développer des relations commerciales avec des pays plus grands et économiquement développés comme la Suisse.
L’intérêt économique pour la Suisse est également lié à des secteurs d’activités dans lesquels ces pays pourraient offrir de nouvelles opportunités, notamment les ressources naturelles et l’énergie pour Brunei, et les infrastructures, l’agriculture et les technologies pour le Rwanda. Si l’économie suisse demeure bien plus importante que celles de ces deux pays, elle peut tirer profit de secteurs de niche et de projets d’infrastructure dans ces régions en pleine croissance.
Le Seco précise que, bien que des projets concrets soient encore en phase de préparation, le partenariat ouvre la voie à une diversification des relations commerciales avec ces pays et d’autres nations partageant des principes similaires de libre-échange. À terme, ce partenariat pourrait permettre à la Suisse de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, tout en renforçant ses liens avec des économies stratégiquement positionnées sur la carte mondiale.








