Alors que le Conseil fédéral souhaite poursuivre les discussions avec Washington sur les droits de douane, une question inattendue s’invite dans le débat. L’or, l’un des principaux produits exportés par la Suisse, échappe aujourd’hui à la surtaxe américaine de 39 %.
Cette situation suscite de plus en plus de critiques, certains appelant à modifier ce régime particulier. La position stratégique de l’or suisse pourrait ainsi peser lourd dans les futures négociations commerciales.
Un commerce qui gonfle artificiellement le déficit américain
La Suisse abrite les plus grandes raffineries d’or au monde, capables de transformer les lingots de 12 kilos importés de Londres en barres d’un kilo adaptées au marché américain, relate RTS.ch. Ces opérations, bien que purement techniques, font grimper artificiellement la valeur des exportations suisses dans la balance commerciale bilatérale. Résultat : le déficit commercial américain avec la Suisse s’élargit considérablement, fournissant à Donald Trump un argument pour justifier les surtaxes douanières de 39 %.
Au premier semestre de 2025, la Suisse a expédié près de 500 tonnes d’or vers les États-Unis, pour une valeur de 38 milliards de francs. Pourtant, cette activité repose principalement sur un commerce de transit : la Suisse ne produit pas cet or, elle le transforme avant de le réexporter. Plusieurs experts estiment que cette situation crée une « distorsion statistique » qui ne reflète pas la réalité industrielle entre les deux pays.
Face à ce constat, la SonntagsZeitung rapporte plusieurs propositions : exclure l’or de la balance commerciale, taxer le secteur ou modifier la nature de la transaction pour la faire passer sous le régime des flux de capitaux. Une telle mesure réduirait la perception de déséquilibre commercial, ce qui pourrait affaiblir la justification américaine de nouvelles barrières douanières.
Une zone grise aux implications politiques
L’enjeu dépasse la simple question statistique. Pour plusieurs acteurs du secteur, l’or devrait être traité comme une devise et non comme une marchandise ordinaire. « Via notre association faîtière, nous avons fait savoir au SECO que ces flux d’or devaient être exclus des calculs », a confié à la RTS un représentant de l’industrie. Selon lui, ces discussions ont déjà eu lieu avec Berne, mais aucune décision définitive n’a été prise.
Cette incertitude entretient un flou qui pourrait être décisif pour les futures négociations commerciales. Si l’or venait à être reclassé comme flux financier, il perdrait son poids dans les statistiques bilatérales, réduisant mécaniquement l’ampleur du déficit américain vis-à-vis de la Suisse. À l’inverse, si les États-Unis décidaient de cibler spécifiquement ce commerce, l’industrie helvétique se retrouverait sous pression.
Pour l’heure, le Conseil fédéral privilégie la voie du dialogue avec Washington, en s’appuyant sur la neutralité historique de la Suisse et la spécificité de son industrie aurifère. Reste à savoir si l’or continuera d’être un atout stratégique ou s’il deviendra une nouvelle source de tension commerciale.








