Malgré le durcissement des conditions douanières en Suisse, le tourisme d’achat continue de prospérer, avec des consommateurs suisses qui affluent vers les supermarchés étrangers. Après l’abaissement de la franchise douanière à 150 francs, une tendance qui semblait vouloir freiner ce phénomène, il est clair que le tourisme d’achat n’a pas faibli.
L’attrait des prix plus bas et de la diversité des produits, notamment alimentaires, continue d’attirer les consommateurs suisses, avec des répercussions notables sur les commerces locaux. Les Suisses, cherchant à profiter des meilleures offres, traversent la frontière pour acheter des produits difficiles à trouver ou plus chers dans leur propre pays.
L’augmentation du tourisme d’achat malgré la réduction de la franchise douanière
L’un des objectifs de la Confédération suisse en réduisant la franchise douanière de 300 à 150 francs était de limiter le tourisme d’achat, jugé nuisible pour l’économie locale. Pourtant, un an après la mise en place de cette mesure, les Suisses continuent de se rendre massivement à l’étranger, principalement en France, pour leurs achats. Une étude menée par l’Université de Saint-Gall révèle que le tourisme d’achat a augmenté de 10 % depuis 2022, malgré la réduction de la franchise douanière. L’attractivité des supermarchés français, où les prix sont souvent plus bas, reste incontestée.
Cette tendance se manifeste par un afflux constant de consommateurs suisses, notamment sur les parkings des supermarchés français, où l’on peut observer de nombreux véhicules suisses. Les groupes de consommateurs optimisent leurs achats, notamment à l’approche des fêtes, cherchant à acheter des produits difficiles à trouver en Suisse, comme du foie gras cru et des huîtres, comme l’indique la RTS. Cette dynamique est renforcée par la possibilité d’acheter des produits de qualité à des prix plus avantageux, une situation qui devient particulièrement importante à l’approche de Noël et des autres grandes fêtes de fin d’année.
L’Office fédéral des douanes (OFD) a observé une forte augmentation des déclarations via l’application Quickzoll, permettant aux consommateurs de déclarer leurs achats effectués à l’étranger. En 2024, le nombre de dédouanements via cette application a doublé par rapport à l’année précédente, passant de 38 000 à 88 000 entre le premier semestre de 2024 et la même période en 2023, soit une hausse de 131,6 %. Cette hausse a généré des recettes douanières de 6 millions de francs, contre 3,9 millions en 2023. Cela montre que, même avec des restrictions accrues, les consommateurs suisses n’ont pas hésité à intensifier leurs achats à l’étranger, générant ainsi une source de revenus pour l’État.
Les répercussions pour les commerces suisses et la réponse des commerçants locaux
Si les recettes douanières ont augmenté, la situation n’est pas aussi positive pour les commerçants suisses, notamment dans les cantons frontaliers. Olivier Zuretti, président de l’association neuchâteloise Commerces-NE, déplore que la baisse de la franchise ait incité de plus en plus de consommateurs à traverser la frontière pour faire leurs courses. Selon lui, cette tendance a eu pour effet de désertifier les centres commerciaux et urbains de Neuchâtel, avec des Suisses qui prennent désormais l’habitude de se rendre plus fréquemment en France.
Les commerçants suisses ressentent un véritable déclin de la fréquentation de leurs magasins, notamment dans les régions proches des frontières. Cette situation menace directement l’économie locale, en particulier pour les petits commerçants qui dépendent de la fréquentation des consommateurs suisses. Face à cette tendance, des associations de commerçants envisagent de nouvelles mesures pour tenter de contrebalancer l’attractivité des supermarchés étrangers. Parmi les solutions proposées figurent des offres spéciales, des réductions sur certains produits ou encore des initiatives visant à améliorer l’expérience d’achat en Suisse pour rivaliser avec les prix pratiqués à l’étranger.








