Le dollar américain poursuit sa baisse face au franc suisse. La banque Morgan Stanley anticipe une nouvelle dépréciation de 9 %, laissant entrevoir un taux de change à 70 centimes d’ici la fin de l’année.
Cette baisse intervient après un recul déjà important depuis le début de 2025. La situation inquiète les acteurs économiques suisses et relance les interrogations sur le rôle du dollar dans le système financier mondial.
Une chute sans précédent en un demi-siècle
Le dollar américain atteint actuellement 79 centimes, une valeur historiquement basse par rapport au franc suisse. Depuis le début de l’année, la devise américaine a perdu près de 10 % par rapport aux principales monnaies. D’après Blick, il s’agit de sa plus forte baisse depuis cinquante ans.
La banque américaine Morgan Stanley prévoit une dépréciation supplémentaire de 9 % d’ici la fin de 2025. Si ce scénario se confirme, le dollar pourrait tomber à 70 centimes. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique de long terme : en mars 1985, un dollar valait près de 3 francs ; en mars 1995, il était à 1,17 franc.
En 2005, le taux se stabilisait autour de ce niveau avant de chuter à 1,01 franc en 2015. Le dernier moment où le dollar valait plus qu’un franc remonte à novembre 2022. Un an plus tard, le 5 juillet 2024, il valait encore 0,898 franc, soit environ 12 % de plus qu’aujourd’hui.
Un frein pour les exportations suisses
La baisse du dollar pèse sur l’économie suisse. Combinée à la taxe d’importation américaine, elle entraîne une augmentation de 22 % du coût des exportations helvétiques vers les États-Unis. Cette situation met à mal la compétitivité des entreprises suisses.
Selon Santosh Brivio, économiste senior à la Banque Migros, cité par le média helvétique, cette hausse des coûts « mettra en difficulté l’économie réelle et la structure des prix intérieure, ainsi que la Banque nationale suisse ». Si les touristes suisses bénéficient d’un pouvoir d’achat renforcé — un billet d’entrée à Disneyland Anaheim revenant à 12 francs de moins sur une base de 100 dollars — les effets sur le tissu économique sont nettement moins favorables.
Des incertitudes sur le statut du dollar
Aux États-Unis, la baisse du dollar a des effets contrastés. Elle rend les exportations américaines plus compétitives et s’aligne avec la volonté de Donald Trump de rééquilibrer la balance commerciale. Mais elle renchérit également les importations et renforce l’impact des droits de douane, ce qui risque de peser sur la consommation intérieure.
Blick évoque la dernière dévaluation de cette ampleur en 1973, lorsque Richard Nixon a détaché le dollar de l’étalon-or. Cette comparaison historique soulève la question du maintien du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Morgan Stanley tempère toutefois les craintes, rappelant que « les fluctuations importantes du dollar ont tendance à entraîner des moments d’instabilité » mais que la devise devrait rester la référence mondiale.








