Dans dix ans, les loyers seront inaccessibles pour beaucoup de Suisses

La Suisse fait face à une crise du logement, avec des loyers inaccessibles attendus d’ici 2035 à cause d’une construction trop lente et de règles strictes.

Publié le
Lecture : 3 min
Immeuble d'appartements en construction
Dans dix ans, les loyers seront inaccessibles pour beaucoup de Suisses - © Canva

La Suisse fait face à une pénurie de logements inquiétante, avec un rythme de construction des plus bas depuis les années 1950. Selon un rapport du « SonntagsZeitung », entre 2020 et 2024, seulement 52 nouveaux logements ont été construits pour chaque augmentation de 100 habitants.

Ce chiffre marque un déclin par rapport aux décennies précédentes, où le ratio dépassait fréquemment les 100 logements par 100 habitants, comme le soulignent les données historiques. Le manque de nouveaux logements est d’autant plus préoccupant dans un contexte où la population suisse continue de croître, atteignant 9,048 millions d’habitants fin 2024, et dépassera vraisemblablement les 10 millions d’ici quelques années.

Les causes de ce phénomène sont multiples, mais un facteur majeur est la révision de la loi sur l’aménagement du territoire en 2014, qui a drastiquement limité la construction sur les « terrains verts ». Cette révision a entraîné une dépendance accrue à la densification urbaine, une solution complexe qui prend du temps à mettre en œuvre.

Fredy Hasenmaile, économiste chez Raiffeisen Suisse, affirme que les projets de densification se heurtent à des obstacles administratifs et à des recours juridiques qui retardent leur réalisation, rapporte Blick.

Une densification rendue difficile par les résistances locales

La densification des zones urbaines existantes, censée répondre à la crise du logement, se heurte à des obstacles de taille. Ce processus, qui consiste à ajouter davantage de logements dans des espaces déjà construits, rencontre une forte opposition des résidents locaux.

Les règles de construction ont été renforcées, et les habitants des zones concernées utilisent désormais des recours juridiques plus fréquents pour bloquer les projets de construction, créant un climat de résistance. À Zurich, par exemple, des projets de logements ont été suspendus en raison de nouvelles réglementations contre le bruit.

Les conséquences de cette résistance sont claires : bien que certains logements soient créés dans des zones déjà construites, les bénéfices restent limités. Par exemple, dans le canton de Zurich, 7 500 logements ont été construits en 2024, mais 2 100 ont été démolis, pour un gain net de seulement 5 400 unités. Cette complexité de la densification, associée à la montée des coûts de construction, rend cette solution inefficace à court terme.

Les projections inquiétantes pour les loyers et les locataires

Les experts sont unanimes : sans intervention majeure, les loyers suisses pourraient devenir inaccessibles dans dix ans. Andreas Loepfe, économiste immobilier, alerte sur la nécessité de commencer à économiser dès maintenant pour faire face à la hausse des loyers.

D’ici 2035, les loyers devraient augmenter à un rythme bien plus rapide que les salaires, une situation qui risque d’entraver l’accès au logement pour une grande partie de la population.

Dans les grandes villes comme Zurich, Lausanne ou Bâle, les prix de l’immobilier et des loyers augmentent plus rapidement que le coût de la vie. Un exemple frappant est celui d’une maison mise en vente à Adliswil, près de Zurich, qui a atteint un loyer mensuel de 4 700 francs.

Ce genre de situation témoigne de l’inadéquation entre l’offre et la demande de logements. Robert Weinert, chef de recherche chez Wüest Partner, indique que même avec une légère reprise des investissements dans la construction prévue pour 2025, cela ne suffira pas à combler le retard accumulé. Le problème reste fondamentalement lié à un manque de logements, un défi qui persistera tant que la demande continuera de croître plus vite que l’offre.

Les villes suisses tentent de lutter contre cette crise par des réglementations, mais ces mesures ne s’attaquent qu’aux symptômes du problème, sans résoudre sa cause profonde : le manque de logements disponibles. La solution à long terme nécessitera des réformes substantielles et une gestion plus efficace de l’urbanisation et des constructions.

Laisser un commentaire

Share to...