Les banques de l’ombre, ces institutions financières non régulées, ont émergé comme un acteur central dans le paysage financier mondial. Leur rôle croissant dans l’économie, notamment en Suisse, soulève des préoccupations majeures concernant la stabilité financière.
Leur développement rapide a déplacé une partie des risques financiers en dehors du système bancaire traditionnel, échappant ainsi aux régulations strictes qui encadrent les banques classiques. Ce phénomène, en constante expansion, expose l’ensemble du système économique à de nouveaux dangers difficiles à anticiper et à contrôler.
Qu’est-ce qu’une banque de l’ombre et pourquoi représente-t-elle un risque ?
Le terme « banque de l’ombre » désigne des institutions financières qui exercent des activités similaires à celles des banques traditionnelles, comme les prêts ou les investissements, mais sans être soumises aux mêmes règles strictes de régulation. Ces acteurs sont classés sous le terme Non-Bank Financial Intermediaries (NBFI). Parmi eux figurent les fonds spéculatifs, les sociétés de financement, les fonds de crédit, ou encore les courtiers-négociants. L’absence de régulation sur ces acteurs, combinée à des pratiques risquées telles que l’endettement excessif et la transformation des échéances, expose le système financier à des perturbations considérables.
Le modèle des banques de l’ombre repose sur des financements obtenus auprès d’investisseurs privés ou d’autres institutions, plutôt que sur des dépôts bancaires. Cela leur permet de contourner la surveillance des régulateurs financiers et d’adopter des stratégies souvent plus risquées que celles des banques traditionnelles. Cependant, ces structures échappent aux tests de résistance et aux contrôles qui assurent la stabilité des banques classiques, ce qui augmente leur vulnérabilité en période de tension économique. En effet, lorsqu’un acteur majeur de la banque de l’ombre rencontre des difficultés, les impacts peuvent se propager rapidement à l’ensemble du système financier, comme cela a été observé avec la chute de Credit Suisse en 2023.
L’impact des banques de l’ombre sur la place financière suisse
La Suisse, en tant que place financière internationale de premier plan, n’est pas épargnée par les risques liés aux banques de l’ombre. En 2021, la faillite d’Archegos Capital, une société d’investissement non régulée, a exposé la vulnérabilité de Credit Suisse, qui a perdu 5,5 milliards de dollars dans cette affaire. Archegos, spécialisée dans des contrats complexes appelés « swaps de rendement total », a permis à la banque d’investir sans détenir réellement les actifs sous-jacents. Lorsque la valeur des actions s’est effondrée, Credit Suisse a été contraint de vendre ses positions, ce qui a aggravé la chute. Cet incident a mis en lumière le danger des liens non régulés entre banques et acteurs de la finance parallèle.
Ce type d’événements a des répercussions profondes sur la réputation et la stabilité du système bancaire suisse. La Banque nationale suisse (BNS) indique que le secteur financier non bancaire représente un volume équivalent à environ 500 % du PIB du pays, un chiffre bien plus important que celui du secteur bancaire traditionnel, rapporte Blick. Bien que le risque interne soit jugé modéré, l’interconnexion avec les acteurs internationaux reste un point de vulnérabilité. En effet, les banques de l’ombre ne se limitent pas à la Suisse et sont en grande partie intégrées dans des réseaux financiers mondiaux où la régulation est souvent moins stricte.
Ainsi, la Suisse, tout en possédant un système financier non bancaire important, doit faire face à la question de la régulation de ces acteurs. Bien que la BNS participe à des initiatives internationales visant à améliorer la transparence, les risques restent importants, notamment en raison de l’absence de règles globales adaptées. Les efforts de régulation actuels incluent la mise en place de réserves minimales de liquidités pour ces acteurs et la limitation de l’endettement maximal, afin de limiter leur exposition à des crises financières systémiques.








