La crise du logement en Suisse : des milliers d’évictions et des loyers qui explosent

La crise du logement en Suisse s’intensifie avec une pénurie croissante, des loyers élevés et des évictions qui touchent particulièrement les populations précaires.

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Crise du logement
La crise du logement en Suisse : des milliers d'évictions et des loyers qui explosent - © Shutterstock

Le marché immobilier suisse traverse une période difficile, marquée par une pénurie importante de logements. Selon les économistes de la banque Raiffeisen, le secteur de la construction est en stagnation. Les projets immobiliers existants ne sont pas suffisants pour combler les besoins de la population croissante. En effet, depuis 2004, la construction de logements a été 25 % inférieure à la croissance démographique, ce qui accentue la crise.

Une révision de la loi sur l’aménagement du territoire en 2013 a mis l’accent sur la densification des zones déjà urbanisées, au lieu d’étendre l’urbanisation. Cette politique devait limiter l’étalement urbain et préserver les prairies.

Toutefois, la construction de logements n’a pas suivi le rythme nécessaire, et les spécialistes estiment que cette révision est responsable de la crise actuelle des logements abordables. Christian Hilber, professeur d’immobilier à l’Université de Zurich, souligne que la stagnation du secteur immobilier est l’une des causes principales de la hausse des loyers, qui continuent d’augmenter de façon préoccupante, rapporte Watson.

La réalité des évictions : des populations précaires les plus touchées

Les évictions liées à la crise du logement sont une réalité pour de nombreuses familles, en particulier dans les grandes villes. Une étude menée par l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), commandée par l’Office fédéral du logement, a observé les évictions entre 2015 et 2020 dans les cinq plus grandes villes du pays.

À Zurich, 7 253 personnes ont dû quitter leur logement en raison de démolitions ou de rénovations complètes (1,02 % de la population), tandis qu’à Bâle, 3 622 personnes ont été évincées (0,66 %). À Berne, Lausanne et Genève, les chiffres étaient plus faibles, avec respectivement 1 833 (0,43 %), 979 (0,23 %) et 467 (0,08 %) personnes évincées.

Les personnes concernées par ces évictions sont souvent issues de milieux modestes. Parmi elles, les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes d’origine africaine sont les plus touchés.

Ces groupes, qui ont déjà des difficultés à accéder à un logement abordable, se retrouvent souvent sans alternative lorsque leurs habitations sont détruites ou rénovées. Parallèlement, les nouveaux logements sont principalement destinés à des personnes aux revenus plus élevés, ce qui exacerbe la ségrégation sociale dans ces quartiers.

Les villes suisses et la gestion de la crise : un modèle contrasté

Les grandes villes suisses font face à la crise du logement de manière différente. Si Genève et Lausanne semblent mieux gérer la situation, Zurich et Bâle enregistrent un nombre plus élevé d’évictions.

À Genève, seulement 467 personnes ont été évincées entre 2015 et 2020, ce qui est nettement inférieur aux chiffres observés à Zurich. Ce phénomène peut être expliqué par une politique de construction et de régulation des loyers plus efficace dans les villes romandes, permettant ainsi un meilleur encadrement du marché immobilier.

En revanche, Zurich, malgré une forte demande de logements, ne parvient pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette insuffisance dans la construction de nouveaux logements a des conséquences directes sur la population, notamment sur les plus précaires, qui se retrouvent sans solutions accessibles.

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