Le gouvernement suisse entend freiner les départs anticipés à la retraite afin d’assurer la pérennité du système de l’AVS. Cette orientation suscite de fortes réactions, notamment chez les personnes concernées par une sortie précoce du marché du travail.
Alors que la retraite anticipée reste un rêve pour une large part de la population active, le Conseil fédéral propose de la rendre moins attractive. L’objectif est de maintenir davantage de seniors en activité, tout en allégeant les pressions sur l’AVS. Cette réforme n’est pas sans conséquences pour ceux qui n’ont pas choisi, mais subi une sortie prématurée de l’emploi.
Le débat autour de l’âge de la retraite s’intensifie à mesure que les équilibres financiers du système suisse de prévoyance sont remis en question. À défaut d’un relèvement de l’âge légal ou d’un nouvel impôt, les autorités fédérales misent sur une réforme des incitations à quitter plus tôt le marché du travail.
Une réforme basée sur l’allongement de la vie active
La ministre de l’Intérieur, Elisabeth Baume-Schneider, a récemment déclaré que stabiliser l’AVS passerait par l’utilisation des moyens existants. Concrètement, cela signifie une hausse de la TVA, des cotisations sociales, et surtout, une politique visant à encourager le travail au-delà de l’âge légal. Pour cela, le gouvernement envisage d’assouplir la limite d’âge et d’augmenter la franchise de cotisation.
Selon Watson, le Conseil fédéral souhaite également réduire l’attractivité de la retraite anticipée, une option encore prisée, mais coûteuse pour le système. L’idée est que ceux qui quittent le marché du travail avant l’âge légal subissent une réduction de leur rente, rendant ce choix moins avantageux. Cette orientation a été confirmée par les propos d’Elisabeth Baume-Schneider, cités dans la même source.
Des parcours contrastés, des réalités divergentes
Watson.ch a recueilli les témoignages de deux Suisses partis à la retraite avant l’âge légal. Alois Amrein, ancien traducteur et correcteur, n’a pas quitté son emploi par choix mais suite à un chômage prolongé. À 63 ans, il a dû solliciter une retraite anticipée avec une réduction de 13,2 % de sa rente.
Sans rente du deuxième pilier, il vit grâce à un capital modeste et ses économies, dans un contexte de vie simplifiée à l’étranger. Pour lui, la réforme est « déconnectée de la réalité » : après 55 ans, retrouver un emploi relève de l’impossible.
À l’inverse, Barbara Siegrist, juriste et journaliste, a pris une retraite anticipée tout en continuant à travailler en tant qu’indépendante. Elle bénéficie des règles transitoires de la réforme AVS 21, qui prévoient des réductions moindres pour certaines générations de femmes.
Elle perçoit une rente d’environ 5 000 francs, qu’elle complète avec ses revenus. Contrairement à Amrein, elle soutient la réforme, estimant qu’il n’est pas soutenable de compter indéfiniment sur l’État.
Des effets économiques et sociaux mesurables
La retraite anticipée reste souhaitée par une large part des actifs. En effet, une étude SwissLife rapportée par le média helvétique indique que 45 % des salariés aimeraient quitter le travail plus tôt. Mais dans la réalité, peu peuvent se le permettre.
Dans l’hôtellerie-restauration, seul un tiers des employés part avant l’âge légal. En revanche, dans la fonction publique, le phénomène est plus fréquent : plus de la moitié des hommes affiliés à la caisse de pension fédérale Publica partent en moyenne à 64 ans.
Les conséquences économiques d’un départ anticipé sont importantes. Dans le système AVS, la réduction de la rente dépend du nombre d’années anticipées. Du côté du deuxième pilier, la baisse atteint 5 à 8 % par an. La planification fiscale de ces départs est également incontournable, notamment pour ceux qui choisissent un capital plutôt qu’une rente.








