La hausse continue des prix de l’immobilier en Suisse complique l’accès à la propriété pour de nombreux ménages. Selon la Banque cantonale de Zurich (ZKB), le prix moyen d’une maison individuelle atteint aujourd’hui environ 1,6 million de francs, tandis qu’un appartement en copropriété s’élève à environ 1,2 million.
Malgré un contexte tendu, quatre Suisses sur dix continuent d’aspirer à devenir propriétaires, d’après une étude de la Haute École de Lucerne relayée par Blick. Cet objectif reste perçu comme un symbole de sécurité financière à long terme, bien que les obstacles à franchir soient nombreux, notamment pour les jeunes couples.
Un écart croissant entre revenus et prix de l’immobilier
Entre 2018 et 2024, les prix des maisons individuelles ont augmenté d’un quart dans le canton de Zurich. Comme l’explique Ursina Kubli, responsable de l’analyse immobilière à la ZKB, cette dynamique dépasse largement la croissance des revenus.
Les jeunes locataires sont les plus touchés : seuls 18 % des couples âgés de 30 à 40 ans peuvent se permettre l’achat d’un appartement moyen en propriété dans ce canton, une proportion qui tombe à 9 % pour les maisons individuelles.
Cette situation pousse de nombreux aspirants propriétaires à s’éloigner des centres urbains. D’après une étude d’UBS, un ménage disposant d’un revenu annuel de 200 000 francs peut envisager l’achat d’un bien à des prix abordables seulement à partir de 30 à 45 minutes de trajet de Zurich, principalement en dehors de la Suisse centrale. Les maisons plus anciennes, bien que nécessitant souvent des rénovations, apparaissent également comme une option plus accessible.
Les soutiens familiaux, levier majeur d’accès à la propriété
La transmission intergénérationnelle joue un rôle déterminant dans l’accès à la propriété. Ursina Kubli rappelle qu’environ la moitié des maisons sont transmises au sein de la famille, sous forme d’héritage, de donation ou d’avance sur héritage. Une étude de la ZHAW citée par le journal indique que près de 88 milliards de francs ont été légués ou donnés en 2022 en Suisse, soit deux fois plus que les prestations de l’AVS.
Ce flux de capitaux n’est cependant pas réparti équitablement : 10 % des héritiers reçoivent près de 75 % des montants transmis, tandis qu’un tiers de la population ne perçoit aucun héritage. De plus, la majorité des successions n’interviennent qu’après l’âge de la retraite, ce qui limite leur utilité pour un achat immobilier anticipé.
Financer autrement : prévoyance et placements
D’autres sources de financement peuvent être mobilisées, comme les avoirs du deuxième pilier de la prévoyance professionnelle. Un retrait anticipé pour l’achat ou la transformation d’un bien est autorisé, mais il entraîne une réduction de la retraite future et des charges fiscales. La mise en gage de ces avoirs est une alternative qui évite l’impôt immédiat et améliore la capacité financière sans diminuer les prestations de retraite.
Enfin, certains préfèrent investir dans des titres pour constituer progressivement une épargne. L’achat d’actions, d’obligations ou d’ETF représente une solution à long terme. L’effet des intérêts composés permet d’accumuler des fonds utiles pour l’achat d’un bien, à condition d’accepter les fluctuations du marché et de disposer d’un horizon temporel suffisant.








