Le marché du travail en Suisse fait face à des défis croissants en 2026, avec une augmentation du chômage dans certains secteurs clés. En décembre 2025, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits a atteint 231’624, soit une hausse notable de 5740 personnes par rapport au mois précédent.
Bien que cette progression du chômage se concentre sur des industries spécifiques, des experts comme Pascal Scheiwiller, CEO de Rundstedt Suisse, soulignent que le marché reste réceptif, malgré les suppressions de postes. Le rapport « Baromètre du marché du travail 2026 » révèle les principales tendances et défis du marché de l’emploi en Suisse pour l’année à venir.
Des secteurs en crise : pharmacie, banque et informatique
Le secteur pharmaceutique en Suisse est particulièrement affecté par la crise du chômage en 2026. Selon une étude de Rundstedt, il est le plus touché avec une augmentation de 30% des licenciements par rapport aux autres secteurs. Des entreprises majeures comme Novartis prévoient la suppression de plusieurs centaines de postes d’ici 2027 dans le canton d’Argovie, dans le but de rester compétitives grâce à l’automatisation accrue de leurs processus. Cette tendance se retrouve également dans le secteur bancaire et des assurances, avec des entreprises comme Helvetia Baloise qui annoncent la suppression de 1800 postes dans les trois prochaines années. UBS, autre acteur majeur du secteur bancaire, poursuit également ses efforts de réduction des effectifs.
L’industrie informatique, autrefois en forte demande, ne fait pas exception à la règle. Selon un rapport de Swissstaffing, l’association des services de l’emploi, les besoins en main-d’œuvre diminuent dans ce secteur, principalement en raison de l’essor de l’intelligence artificielle, qui remplace une partie du travail humain. « La pénurie de main-d’œuvre dans l’informatique est terminée », indique le rapport, selon Blick. Cette évolution marque un tournant pour un secteur qui avait jusqu’ici été un moteur important de l’emploi en Suisse.
En dépit de cette pression sur des secteurs clés, les licenciements restent fréquents. Les licenciements collectifs, souvent invisibles à l’opinion publique, continuent d’augmenter. En effet, une grande partie des licenciements n’est pas rendue publique, et certains ne remplissent même pas les critères légaux pour être classifiés comme licenciements collectifs, bien qu’ils aient des conséquences tout aussi dramatiques pour les travailleurs concernés.
Les jeunes et les seniors : deux groupes confrontés à des défis croissants
Le marché de l’emploi suisse en 2026 présente également des défis importants pour certains groupes démographiques, notamment les jeunes et les seniors. Les jeunes adultes, diplômés et bien formés, rencontrent de plus en plus de difficultés pour entrer sur le marché du travail. En 2025, la recherche d’emploi pour les moins de 30 ans a duré en moyenne 3,2 mois, contre 2 mois l’année précédente. Cela s’explique en partie par l’introduction de l’intelligence artificielle, qui remplace des tâches auparavant confiées à des profils juniors. De plus, les entreprises sont devenues plus exigeantes dans leurs processus de recrutement, ce qui ralentit l’accès des jeunes au marché du travail. Cependant, malgré ces obstacles, les jeunes représentent seulement 2% des licenciements, ce qui suggère que la majorité des pertes d’emploi touche d’autres catégories de travailleurs.
À l’autre bout du spectre, les seniors, notamment ceux de plus de 50 ans, rencontrent les plus grandes difficultés à retrouver un emploi après un licenciement. Selon les données de 2025, leur recherche d’emploi dure en moyenne 7,3 mois, soit plus longtemps que pour les autres groupes d’âge. De plus, ils représentent 41% des licenciements, bien qu’ils ne constituent qu’un peu plus d’un tiers de la population active. Cela montre que l’expérience professionnelle, bien qu’important, n’offre pas nécessairement une protection contre la perte d’emploi dans le contexte actuel.
Le réseautage en déclin mais toujours utile
Une tendance inquiétante observée sur le marché du travail suisse est la diminution du rôle du réseautage dans le processus de recrutement. Selon le rapport de Rundstedt, les embauches via des contacts personnels ont diminué, passant de 43% en 2024 à 35% en 2025. Les entreprises privilégient désormais les annonces classiques, ce qui leur permet de mieux cibler les profils recherchés et de contrôler le processus de sélection. Toutefois, le réseautage reste un atout précieux. Ceux qui activent leur réseau arrivent souvent mieux préparés et comprennent mieux les attentes des employeurs, ce qui peut faire la différence, en particulier dans des secteurs concurrentiels.
Une résilience présente malgré les difficultés
Bien que de nombreux secteurs soient sous pression, le marché du travail suisse reste résilient. En 2025, plus de la moitié des personnes licenciées ont retrouvé un emploi dans un autre domaine, un taux relativement élevé par rapport à d’autres pays. Certains secteurs, tels que l’artisanat et les services à la personne, notamment l’accompagnement des seniors, continuent de connaître une forte demande. En particulier, des métiers comme ceux de menuisiers, électriciens et travailleurs du bâtiment restent très recherchés, car ils ne peuvent pas être facilement remplacés par l’intelligence artificielle.
Le travail temporaire continue également d’offrir des opportunités, en particulier pour ceux qui cherchent de la flexibilité. Le marché du travail suisse reste ainsi relativement équilibré, et les recrutements se poursuivent. Pascal Scheiwiller, CEO de Rundstedt Suisse, se veut rassurant, soulignant que même les travailleurs dits « difficiles », comme ceux ayant une longue ancienneté ou un déficit de compétences, mettent en moyenne seulement 10 mois pour retrouver un emploi, un délai similaire à celui observé l’année précédente.








