En Suisse, la question de l’argent liquide fait débat, entre désir de conservation et évolution vers le numérique. Alors que 95% de la population souhaite que l’argent comptant reste disponible, la réalité montre une diminution de son usage au quotidien.
Le pays semble en proie à un paradoxe : la majorité des Suisses préfèrent disposer de billets et pièces, mais les paiements électroniques dominent progressivement les transactions. Cette tension entre les attentes populaires et la transition numérique soulève des questions sur la place future de l’argent liquide dans l’économie suisse.
L’argent liquide en recul : les chiffres parlent
Malgré un large soutien en faveur de sa préservation, l’usage de l’argent liquide en Suisse a drastiquement chuté ces dernières années. Selon une enquête menée par la Banque nationale de Suisse, en 2017, plus de 70% des paiements étaient effectués en espèces, mais en 2024, ce chiffre a chuté à seulement 30%. Cette tendance traduit un profond changement dans les habitudes des consommateurs, qui privilégient de plus en plus les cartes de débit et les applications mobiles comme Twint. En 2024, avec 35%, la carte de débit est désormais le moyen de paiement le plus utilisé dans le pays, loin devant les espèces, indique Watson.
Cette transition numérique est particulièrement marquée chez les jeunes et les personnes ayant des revenus plus élevés, où l’utilisation de l’argent liquide tombe à moins de 20%. En revanche, les personnes âgées et les ménages à revenus plus modestes continuent à utiliser l’argent comptant, soulignant ainsi une fracture générationnelle et sociale dans l’adoption des nouvelles technologies de paiement. Les plus de 55 ans, notamment, semblent être les plus attachés à la monnaie fiduciaire, alimentant les préoccupations de ceux qui redoutent son déclin.
Si le phénomène n’est pas unique à la Suisse, il est particulièrement visible dans des pays comme la Suède, où les paiements en liquide sont devenus extrêmement rares. Cependant, même dans ces pays, un retournement de tendance commence à se dessiner, notamment à la suite des risques liés aux cyberattaques et aux pannes de systèmes numériques, incitant certains gouvernements à encourager la conservation de réserves d’argent liquide.
Le débat politique : sauver l’argent liquide ou céder à la numérisation ?
La question de l’avenir de l’argent liquide est aujourd’hui au cœur du débat politique en Suisse, notamment avec l’initiative populaire « L’argent liquide, c’est la liberté ». Cette initiative, soutenue par l’ex-politicien UDC Richard Koller, cherche à garantir la disponibilité des billets et des pièces en Suisse, face à la montée des paiements numériques. Les initiants dénoncent une disparition progressive de l’argent liquide, qu’ils considèrent comme un élément essentiel de la liberté et de la souveraineté individuelle.
Cependant, cette initiative fait face à un contre-projet du gouvernement suisse, qui prône une approche plus neutre. Bien que l’initiative populaire ait recueilli un large soutien dans les sondages, notamment en raison de l’inquiétude croissante vis-à-vis de l’exclusion de certaines catégories de la population, elle reste sujette à controverse. En particulier, les coûts liés à la maintenance des distributeurs automatiques de billets et le déclin des points de retrait soulignent la difficulté d’adapter un système basé sur l’argent liquide à une époque de digitalisation rapide.
Les détracteurs de l’initiative considèrent qu’elle relève davantage d’une réaction émotionnelle que d’un véritable besoin économique. De plus, l’utilisation croissante des technologies financières comme les portefeuilles électroniques et les cartes sans contact rend la solution « sans espèces » de plus en plus incontournable. Toutefois, la crainte d’une exclusion sociale des moins numérisés, notamment des personnes âgées ou des populations moins favorisées économiquement, est un argument majeur des partisans de l’initiative.








