Lausanne a récemment attiré l’attention en remportant le très particulier « Paragraphe rouillé », un prix suisse décerné chaque année à la loi jugée la plus absurde ou inutile. Cette récompense a été attribuée à un projet de l’élu vert Ilias Panchard, qui proposait de désarmer totalement la police de la ville.
Si cette distinction peut prêter à sourire, elle soulève néanmoins des questions sur l’équilibre entre sécurité publique et innovation législative. Ce prix, loin d’être un honneur en soi, met en lumière des propositions parfois déconnectées des réalités quotidiennes. Loin d’être une victoire symbolique, cette histoire a suscité une vague de réactions aussi bien en Suisse romande qu’alémanique.
Le projet lauréat : désarmer totalement la police lausannoise
C’est l’élu vert Ilias Panchard, membre du Conseil communal de Lausanne, qui est à l’origine du projet ayant remporté cette distinction. Son idée, assez radicale, consistait à désarmer complètement la police lausannoise, à l’exception des situations d’urgence telles que les fusillades ou les crimes violents. Dans le cadre de contrôles de routine, de petites altercations ou d’interventions imprévues, les policiers seraient intervenus… les mains vides.
Cette proposition faisait écho à un argument selon lequel la présence d’armes sur les policiers, notamment dans certains quartiers sensibles, générait une peur inutile et une distance avec la population, rapporte Watson. Panchard justifiait sa démarche en pointant du doigt le fait que de nombreux policiers restaient passivement dans leurs véhicules, sans réelle interaction avec les citoyens. En outre, il soutenait que le port d’armes pouvait exacerber les tensions, notamment chez les jeunes dans certains secteurs.
Malgré la logique que certains ont voulu y voir, cette proposition a fait l’objet d’un rejet catégorique par la Municipalité lausannoise. En janvier dernier, la ville a définitivement enterré le projet, soulignant que d’autres unités non armées étaient déjà en place pour intervenir en toute sécurité, notamment dans les quartiers où la tension est plus palpable. Ce rejet a donc mis fin à une idée qui, bien que soutenue par quelques voix, semblait déconnectée des préoccupations réelles des forces de l’ordre.
Un prix controversé : la réaction des Suisses alémaniques
Le prix « Paragraphe rouillé », organisé par l’IG Freiheit, une organisation de droite suisse, récompense chaque année la loi jugée la plus stupide ou bureaucratique. En 2023, ce prix a été attribué à Lausanne, avec 44 % des voix, largement devant les autres propositions concurrentes, dont une idée zurichoise visant à offrir des logements subventionnés uniquement aux cyclistes fortunés et une initiative lucernoise pour interdire les valises à roulettes en ville à cause du bruit.
Les partisans de ce prix sont principalement des membres de partis libéraux et de droite, tels que l’UDC et le PLR, qui prennent un malin plaisir à exposer ce qu’ils considèrent comme des dérives législatives de gauche. À Zurich, où se tenait la cérémonie, la remise du prix a provoqué des rires et des moqueries, notamment de la part des représentants des autres cantons suisses. Les critiques ont jugé cette proposition comme un exemple parfait d’une politique de gauche déconnectée des préoccupations sécuritaires réelles.
Ilias Panchard, cependant, n’a pas manqué de répondre avec un sarcasme acéré. Il a salué cette distinction en la qualifiant d’« honneur », soulignant qu’être critiqué par des ultra-libéraux qui veulent privatiser les services publics et qui se lancent dans une course à la sécurité avec l’extrême droite n’était pas un mauvais point. Ces échanges ont ajouté une touche d’humour à une situation qui, au fond, soulève de nombreuses interrogations sur les priorités politiques en matière de sécurité.
Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois en charge de la police, a récupéré le prix à Zurich. Il a réagi avec humour, affirmant que la police lausannoise serait désormais équipée de « sarbacanes et de boulettes de papier », une allusion ironique à la démesure de la situation. Mais au-delà de l’humour, cette histoire a permis à Lausanne de briller sous un jour particulier, tout en soulignant les fractures politiques entre la gauche romande et la droite alémanique.
Les débats soulevés par cette histoire ne sont pas seulement politiques, mais aussi sociétaux. Ils questionnent la manière dont les autorités locales traitent la sécurité publique, le rapport entre les policiers et la population, et la place de l’armement dans la gestion de l’ordre public. Si certains peuvent se moquer de cette loi, elle a le mérite de soulever un questionnement légitime sur les méthodes policières modernes.
Lausanne a donc remporté un prix qui, certes, n’est pas flatteur, mais qui a au moins permis à la ville de se faire entendre à l’échelle nationale. Au-delà de la moquerie, cette histoire met en lumière les tensions qui existent autour de la sécurité et des politiques publiques en Suisse.








