La Banque Nationale Suisse (BNS) est bien plus qu’une simple institution monétaire dédiée à la régulation économique du pays. En tant qu’acteur majeur sur les marchés financiers mondiaux, elle détient un portefeuille impressionnant d’actifs étrangers, dont une part significative est investie dans des entreprises technologiques américaines.
Ces investissements, principalement dans des géants comme Apple, Microsoft et Nvidia, sont essentiels non seulement pour la diversification de ses actifs, mais aussi pour la gestion de la stabilité du franc suisse. En agissant ainsi, la BNS cherche à éviter une appréciation excessive du franc, tout en tirant parti de la croissance continue du secteur technologique pour renforcer sa position sur les marchés internationaux.
Une stratégie d’investissement centrée sur les géants technologiques
La Banque Nationale Suisse détient des actions pour une valeur totale proche de 170 milliards de dollars, dont une part significative (42 milliards de dollars) est investie dans des sociétés de technologie américaines comme Apple, Microsoft, Meta, Amazon et Nvidia. Ce portefeuille technologique est l’un des plus importants détenus par une banque centrale dans le monde. Avec environ 10 milliards de dollars investis dans Apple et plus de 11 milliards de dollars dans Nvidia, la BNS occupe une position de « baleine » sur les marchés boursiers, un terme utilisé pour désigner les investisseurs institutionnels de grande envergure.
La BNS investit principalement dans des actifs libellés en devises étrangères, près de 90 % de son portefeuille étant constitué de titres en devises autres que le franc suisse. Environ deux tiers de ces actifs sont des obligations d’État, mais près de 25 % sont des actions, un pourcentage considérablement plus élevé que celui observé chez d’autres banques centrales. Ce choix d’investir dans des actions plutôt que dans des instruments financiers plus traditionnels comme les obligations est motivé par la nécessité de prévenir l’appréciation excessive du franc suisse. Une monnaie trop forte pourrait nuire aux exportations et à l’économie suisse dans son ensemble, car elle rendrait les produits suisses moins compétitifs sur les marchés internationaux.
Les investissements de la BNS dans des entreprises comme Apple et Microsoft sont donc stratégiques. Ces sociétés, en raison de leur taille et de leur stabilité financière, offrent non seulement des rendements intéressants mais également une certaine sécurité dans un monde économique de plus en plus globalisé et interconnecté. Ces investissements permettent également à la BNS de soutenir la valeur de la devise suisse tout en diversifiant ses avoirs en actifs étrangers.
Les risques et les défis d’une telle stratégie
Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques, indique le média suisse Watson. L’une des principales préoccupations est la dépendance croissante de la BNS vis-à-vis des actions technologiques, un secteur qui peut être extrêmement volatile. Bien que les actions de sociétés comme Nvidia et Apple aient connu une forte appréciation ces dernières années, les marchés boursiers sont sujets à des fluctuations imprévisibles. Un krach boursier, particulièrement dans le secteur technologique, pourrait entraîner des pertes importantes pour la BNS. Par exemple, en 2018, la BNS a enregistré une perte de 15 milliards de francs suisses suite à un mini-krach, provoqué en partie par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.
En outre, la politique économique erratique de l’administration Trump et les tensions commerciales mondiales ont ajouté un degré de volatilité supplémentaire sur les marchés, affectant directement les investissements de la BNS. Les variations du dollar américain, monnaie dans laquelle la BNS détient une grande partie de ses actifs, sont un autre facteur de risque. Lorsque la valeur du dollar chute, comme cela a été le cas à plusieurs reprises dans le passé, la BNS doit vendre davantage de francs pour acheter des actifs étrangers, ce qui peut entraîner des pertes temporaires mais conséquentes.
Malgré ces risques, la BNS ne se livre pas à des paris risqués. Elle agit ainsi parce qu’elle n’a tout simplement pas d’autre choix pour assurer la stabilité de la monnaie suisse. Contrairement à la Réserve fédérale américaine ou à la Banque centrale européenne, qui peuvent influencer la valeur de leur monnaie via des politiques d’assouplissement quantitatif (quantitative easing), la BNS ne dispose pas de cette option. Elle doit donc recourir à l’achat massif d’actifs étrangers, principalement en dollars, pour éviter que le franc suisse n’atteigne une valeur insoutenable.
Dans ce contexte, la stratégie de la BNS peut être vue comme une forme d’ »externalisation » du quantitative easing, une tactique qui lui permet de maintenir l’équilibre sur les marchés financiers mondiaux sans avoir recours à des politiques monétaires directes et risquées. Cette approche, bien que risquée par certains aspects, est perçue comme une solution nécessaire à un problème économique plus large : la gestion de la stabilité monétaire d’une petite économie ouverte dans un monde globalisé.








