Les relations commerciales entre la Suisse et les États-Unis se trouvent à un tournant décisif. Après l’annonce de droits de douane « réciproques » par Washington, la Suisse cherche à obtenir une exemption durable. Une délégation officielle doit se rendre aux États-Unis pour finaliser un accord de principe.
La présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, a déclaré vouloir finaliser une déclaration d’intention avec les autorités américaines « d’ici une à deux semaines ». Lors d’un point presse à Genève, elle a précisé que la Suisse souhaite figurer parmi les premiers pays à conclure un tel accord. Elle a souligné que « le côté américain s’est engagé à accélérer le processus avec la Suisse ». Elle a ajouté que les discussions sont dans « l’intérêt des deux pays » et qu’elle-même se tient prête à rencontrer Donald Trump si nécessaire.
Les secrétaires d’État Helene Budliger Artieda et Daniela Stoffel seront chargées de porter cette déclaration à Washington. Selon Karin Keller-Sutter, une délégation officielle se déplacera « assez rapidement aux États-Unis ». Elle a également affirmé que « la Suisse sera certainement traitée en priorité » à la suite d’un entretien avec les autorités américaines, comme elle l’a indiqué au micro de l’émission Forum de la RTS.
Pression du calendrier commercial américain
La Suisse cherche à éviter l’application de droits de douane supplémentaires de 31 % sur ses exportations vers les États-Unis. Ces taxes, annoncées par Donald Trump, sont pour l’instant suspendues jusqu’au 9 juillet. Le président américain avait décidé, le 9 avril, de geler leur application pendant 90 jours et de limiter ces taxes à 10 % pour la plupart des pays, y compris la Suisse.
Karin Keller-Sutter a rappelé que « c’est encore un peu trop tôt pour dire que la Suisse est tirée d’affaire », mais elle a salué le fait que les Américains souhaitent accélérer le processus. Le risque économique est réel pour la Confédération, en particulier pour les secteurs exportateurs. Lors de sa visite à Genève, la présidente a rencontré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le représentant au commerce, Jamieson Greer.
Gilles Carbonnier, professeur d’économie du développement au Graduate Institute de Genève, a estimé lors de son passage sur Forum que la démarche de la Suisse représente « un bon signe lorsque la diplomatie prévaut ». Il a indiqué que l’accord entre les États-Unis et le Royaume-Uni peut servir de repère pour les négociations en cours avec Berne.
Au cœur des discussions : fiscalité, subventions et franc fort
Outre les droits de douane, plusieurs questions techniques doivent être clarifiées avec Washington. Karin Keller-Sutter a mentionné les questions fiscales et les subventions. Elle a insisté sur le fait que « nous devons expliquer aux États-Unis que nous ne subventionnons pas l’industrie en Suisse ». Elle a également souligné la sensibilité des autorités américaines à la question du taux de change, en rappelant que « nous avons actuellement la monnaie la plus forte du monde ».
La présidente a indiqué que les États-Unis ont réagi « de manière très sensible » à l’annonce par des entreprises suisses de leur intention d’investir près de 150 milliards de francs aux États-Unis dans les prochaines années. Cette perspective d’investissement semble avoir eu un écho favorable auprès des responsables américains.
Pendant que les discussions entre Berne et Washington se poursuivent, les hauts responsables américains, dont Scott Bessent et Jamieson Greer, sont également à Genève pour rencontrer le vice-Premier ministre chinois He Lifeng dans le cadre des efforts de désescalade de la guerre commerciale. Donald Trump a d’ailleurs proposé de réduire à 80 % les droits de douane punitifs qu’il a lui-même imposés sur la Chine, en précisant que cela dépendrait de Scott Bessent.








