Le recours aux services de consultants externes par l’administration fédérale suisse continue de susciter de vives critiques, malgré les justifications avancées par les autorités. En 2024, les dépenses liées à ces prestations ont atteint un montant record de 673 millions de francs, alimentant les interrogations sur la gestion des fonds publics.
Si ces dépenses incluent des services variés, allant des conseils juridiques aux missions ponctuelles, elles font face à une opposition croissante de la part des parlementaires et de l’opinion publique. Derrière ces chiffres, des questions sur la nécessité de ces services et sur l’efficacité de l’administration fédérale émergent.
Des chiffres en constante évolution
Les dépenses de la Confédération pour les services de conseil et les prestations externes ne cessent d’augmenter. En 2024, la somme totale allouée à ces services a été de 673 millions de francs; d’après Blick. Ce montant comprend 170 millions de francs pour des missions de recherche sous contrat et de conseil, ainsi que 503 millions de francs pour des prestations externes telles que des campagnes, des mandats de communication ou des conseils juridiques. Ces chiffres révèlent l’ampleur de l’investissement de l’administration suisse dans des expertises extérieures.
Une particularité de ces dépenses réside dans le recours à des anciens cadres de l’administration fédérale. Ces derniers, parfois au-delà de l’âge de la retraite, sont régulièrement appelés à effectuer des missions ponctuelles ou des mandats spéciaux. Par exemple, Brigitte Hauser-Süess, ancienne collaboratrice de la conseillère fédérale Viola Amherd, a été sollicitée pour reprendre du service à 70 ans. Ces mandats, bien que représentant une portion relativement petite des dépenses totales, ne sont pas sans controverse. La prolongation de l’engagement de certains individus, souvent à des rémunérations élevées, alimente le débat sur la légitimité de telles pratiques.
Les critiques se font entendre depuis plusieurs années, notamment de la part des parlementaires, qui appellent régulièrement à la réduction de ces dépenses. Certains estiment que l’administration fédérale, qui dispose de suffisamment de personnel qualifié, n’a pas besoin de recourir à des consultants externes pour remplir ses missions. Selon eux, l’administration devrait être en mesure de gérer ces missions en interne, notamment avec des fonctionnaires mieux formés et plus nombreux.
Une gestion complexe et des dépenses disparates
Les critiques sur les dépenses en consultants externes ne s’arrêtent pas à leur volume global, mais se concentrent également sur les différences importantes d’un département à l’autre. Les dépenses varient largement, de 31 millions de francs pour le Département des affaires étrangères (DFAE) à 193 millions de francs pour le Département de la défense (DDPS). Ces écarts sont principalement liés à la taille des départements et à la diversité des missions qu’ils gèrent. Le DFAE, par exemple, emploie environ 5300 personnes, tandis que le DDPS compte près de 12’300 employés.
Les départements ayant des domaines d’intervention variés, comme le Département de l’environnement (DETEC) ou le Département de l’intérieur (DFI), sont également ceux qui dépensent davantage pour des services externes. Le DETEC, qui couvre des secteurs aussi divers que les transports, l’énergie ou les communications, est particulièrement demandeur de services de conseil. Le DFI, par son rôle dans la gestion de la santé publique, commande régulièrement des études ou des campagnes à des prestataires externes.
Un autre poste de dépense qui suscite l’inquiétude est celui de l’informatique. En 2024, les dépenses informatiques ont atteint un total de 883 millions de francs, dont 562 millions ont été consacrés au développement, aux services et au conseil. Cette somme comprend des dépenses pour la formation, le développement de logiciels et le support technique. Les coûts des licences logicielles représentent également une part croissante du budget, une tendance qui aggrave les inquiétudes concernant la gestion des finances publiques.
La pression politique et les propositions de réduction des coûts
Le recours à des consultants externes n’a pas manqué de susciter une pression politique accrue. À la suite de la polémique liée aux mandats confiés à Brigitte Hauser-Süess, le conseiller national tessinois Lorenzo Quadri a déposé une motion demandant que les dépenses pour les mandats de conseil soient plafonnées à 100 millions de francs, soit environ 40% de moins qu’en 2024. Cette proposition reflète une volonté de réduire le poids des consultants externes dans le budget fédéral.
Dans sa réponse, le Conseil fédéral a défendu l’utilisation des consultants externes, arguant que dans certains cas, leur recours permet de réaliser des économies. Selon lui, les mandats temporaires sont souvent plus rentables que des postes fixes, qui impliqueraient une hausse des charges de personnel. Cette position reste toutefois controversée et suscite un vif débat sur la nécessité d’une réévaluation des priorités budgétaires.
Les décisions futures concernant le recours aux consultants externes devront certainement prendre en compte ces critiques et chercher un compromis entre efficacité et responsabilité financière. Une plus grande transparence sur les critères de sélection et l’évaluation des prestations externes pourrait également apaiser une partie des inquiétudes exprimées.








