Le cadre général des relations futures entre la Suisse et l’Union européenne a été défini à la fin de l’année 2024. L’objectif : sortir de l’impasse diplomatique en actualisant les accords bilatéraux existants. L’enjeu est d’importance, car l’ensemble des domaines concernés touche directement les entreprises, les ménages et les institutions.
Ce nouveau paquet d’accords ne sera validé qu’après un vote populaire. D’ici là, les discussions portent autant sur les avantages attendus que sur les inquiétudes soulevées par les nouvelles obligations.
L’électricité au cœur d’un équilibre précaire
La Suisse est aujourd’hui dépendante de l’Union européenne pour près de 30 % de sa consommation d’électricité hivernale, essentiellement importée depuis la France. En été, la situation s’inverse : le pays produit un excédent, que ses partenaires européens sont incités à absorber. Pour Morgane Trieu-Cuot, responsable de la salle de trading d’Alpiq à Lausanne, l’absence d’accord met en péril cet équilibre, au risque de reléguer la Suisse au second plan des flux d’import-export énergétiques, avertit-elle dans La Matinale de la RTS.
L’Union européenne conditionne un accord sur l’électricité à la libéralisation du marché suisse, pour que particuliers et PME puissent choisir librement leur fournisseur, comme c’est déjà le cas dans l’UE. Cette ouverture inquiète une partie des acteurs, notamment pour ses effets potentiels sur les prix. Le conseiller national socialiste Christian Dandrès, également président du Syndicat des services publics, alerte sur une volatilité accrue des tarifs, comparant la situation actuelle à un bouclier de protection contre la spéculation.
À l’inverse, le directeur de l’Association des entreprises électriques suisses, Michael Frank, défend un modèle plus flexible, dans lequel chaque consommateur déciderait de son fournisseur. Il y voit un gain en résilience et en sécurité d’approvisionnement, tout en réduisant les coûts opérationnels grâce à l’intégration dans le réseau européen.
Exporter vers l’UE, un enjeu de fluidité réglementaire
Premier partenaire commercial de la Suisse, l’Union européenne représente chaque année plus de 138 milliards de francs d’exportations helvétiques. Certaines entreprises suisses, à l’image de Felco, qui exporte 95 % de sa production, sont contraintes de créer des entités juridiques au sein de l’UE pour faciliter leurs ventes. Son directeur, Nabil Francis, indique à La Matinale qu’une relation plus directe entre la Suisse et ses voisins permettrait d’éviter des démarches lourdes, inaccessibles aux PME.
L’enjeu ne se limite pas à la logistique. L’absence de reconnaissance automatique des normes suisses pourrait rapidement freiner les exportations. La fédération Swissmem, qui représente l’industrie des machines, avertit que sans nouvel accord, les produits suisses pourraient ne plus être reconnus à partir de 2027, en raison d’un changement de législation européenne.
Maxime Dohogne, responsable de l’agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat à Genève, rappelle dans Le 12h30 que les entreprises européennes ont également intérêt à entretenir des liens solides avec le marché suisse. Ce double intérêt donne du poids à l’argument d’un accord mis à jour et régulièrement actualisé.
La fiscalité et les salaires sous pression
Bien que non membre de l’Union, la Suisse contribue à la réduction des inégalités en Europe via le « milliard de cohésion ». Actuellement fixé à 130 millions de francs par an, ce montant passerait à 350 millions en cas d’accord. Selon RTS, ces fonds sont directement versés aux pays bénéficiaires et affectés à des projets précis. En Lettonie, par exemple, ils servent à dépolluer un site d’hydroélectricité ou à financer des soins pour enfants atteints de maladies rares.
Ce soutien est critiqué par une partie du spectre politique suisse. Pierre-André Page, conseiller national UDC, y voit une dépense « sans contrepartie » pour accéder au marché européen. En face, Chantal Tauxe, vice-présidente du Mouvement européen suisse, y voit un geste de solidarité qui ouvre aussi des débouchés économiques.
Côté salaires, la question du travail détaché reste sensible. Les abus documentés par l’inspection vaudoise – comme des salaires horaires à 12 euros – révèlent les limites du système actuel. L’accord prévoit de réduire à quatre jours le délai de déclaration des travailleurs étrangers, rendant les contrôles plus difficiles.
Selon la RTS, cette évolution inquiète plusieurs syndicats et responsables de terrain. D’autres, comme Nicolas Rufener, estiment au contraire que ce changement pourrait inciter les cantons à renforcer leurs contrôles.