Ils n’arrivent plus à payer, mais ne peuvent pas changer de caisse : le piège de l’assurance maladie en Suisse

La hausse des primes frappe aussi des salariés qui passent juste à côté des aides. Et quand les impayés s’accumulent, la porte d’une caisse moins chère peut se refermer.

Publié le
Lecture : 2 min
caisse
Ils n’arrivent plus à payer, mais ne peuvent pas changer de caisse : le piège de l’assurance maladie en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Chez certains salariés, la prime d’assurance maladie devient une facture de trop. Leurs revenus les placent juste au-dessus des barèmes d’aide, alors que le loyer et les impôts pèsent déjà lourd dans le budget. Avoir un emploi ne les protège donc pas toujours de l’endettement.

Johanna Velletri, directrice de la Fondation genevoise pour le désendettement, constate chaque année davantage de difficultés. Parmi les personnes accompagnées figurent aussi des travailleurs qui, malgré un salaire jugé correct, ne parviennent plus à payer leur assurance maladie.

Les impayés peuvent verrouiller le changement de caisse

Pour l’assurance de base, les arriérés peuvent empêcher de rejoindre un autre assureur. Les sommes concernées comprennent les primes, les participations aux coûts, les intérêts moratoires et les frais de poursuite. Le blocage dépend notamment des démarches de rappel déjà effectuées.

Priminfo, le portail officiel de l’OFSP, précise les conditions pour un changement au 1er janvier : les primes, participations et intérêts ayant fait l’objet d’un rappel jusqu’au 30 novembre, ainsi que les frais de poursuite accumulés jusque-là, doivent être réglés au plus tard le 31 décembre. Les primes et participations non réclamées n’empêchent pas le changement.

Pour les assurés concernés, une offre plus avantageuse ailleurs peut ainsi rester inaccessible. Ils doivent continuer à faire face à leur prime actuelle, tout en remboursant les arriérés. Les difficultés à payer prolongent alors l’affiliation à la caisse dont le coût pèse déjà sur leur budget.

Même des subsides peuvent laisser une facture à payer

Dans l’entretien publié par Blick, Johanna Velletri décrit aussi les difficultés de personnes qui reçoivent une aide, mais dont les primes dépassent le montant couvert.

Elle évoque notamment des subsides calculés sur la base d’une prime moyenne cantonale. Si le contrat coûte davantage que cette référence, une différence reste à payer. Même une prise en charge annoncée à 100 % de ce montant de référence peut donc laisser un reste à charge.

Pour une personne déjà endettée, cette différence peut alimenter les impayés et prolonger le blocage du changement de caisse. La directrice souligne que des bénéficiaires de l’aide sociale risquent alors de devoir prélever ce supplément sur leur minimum vital.

À Genève, plus de 41 000 assurés en défaut de paiement

Les chiffres rapportés par le média donnent une mesure de ces difficultés. En 2025, Genève comptait 41 310 assurés avec des paiements en souffrance dans l’assurance maladie. Vaud en recensait 22 132, malgré une population plus importante.

Les dettes dépassent les seules primes mensuelles. Elles peuvent aussi comprendre les franchises, les quotes-parts, les intérêts et les frais liés aux poursuites. Une facture de santé peut donc venir s’ajouter aux cotisations déjà impayées.

Les paiements des cantons liés à ces défauts ont augmenté de 30 % au niveau national entre 2015 et 2025. Cette hausse concerne les montants versés, plutôt que le nombre d’assurés endettés.

Une franchise élevée peut aussi freiner les soins

L’endettement ne supprime pas à lui seul l’affiliation à l’assurance de base. Mais la participation aux frais reste un obstacle pour certains budgets. Choisir une franchise élevée réduit la prime, en augmentant les dépenses à supporter lorsqu’on a besoin de soins.

Avec une franchise annuelle de 2 500 francs, un adulte peut devoir payer jusqu’à cette somme pour les prestations couvertes et soumises à la franchise, avant que l’assureur commence à participer aux frais concernés.

Johanna Velletri observe les conséquences de cet arbitrage chez les personnes accompagnées : « La crainte de ne pouvoir en assumer les coûts les pousse à renoncer à leurs soins. »

Laisser un commentaire

Share to...