Chaque nouvelle hausse laisse un peu moins de place au reste : les courses, les sorties, les économies que l’on espérait mettre de côté. Pour les assurés suisses, la question dépasse désormais la prochaine facture. Combien faudra-t-il consacrer à son assurance maladie dans dix ou quinze ans ? Une projection donne la mesure de ce qui pourrait se passer si la hausse continue.
Près de 488 francs par mois pour les adultes en 2027
La prochaine augmentation est confirmée. Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la prime mensuelle moyenne des adultes atteindra 487,60 francs en 2027, soit 22,80 francs supplémentaires par rapport à 2026. Cela représente une hausse de 4,9 %, souvent arrondie à 5 %.
Le chiffre de 488 francs concerne bien les adultes. Tous âges confondus, la prime moyenne sera de 412 francs, en progression de 5 %. Les jeunes adultes et les enfants relèvent de moyennes différentes.
Pour un adulte, l’augmentation moyenne annoncée équivaut à 273,60 francs de plus sur une année. La prime individuelle varie toutefois avec le lieu de résidence, l’âge, la franchise, l’assureur et le modèle choisi. Ces moyennes donnent un repère national ; chaque assuré découvrira le montant applicable à son contrat.
Une hausse de 5 % répétée suffit à presque doubler la prime
Le calcul est simple, mais son résultat frappe. En partant d’une prime arrondie à 488 francs, puis en appliquant quatorze augmentations successives de 5 %, on arrive à environ 966 francs par mois. Le cap des 1 000 francs se rapprocherait donc en une quinzaine d’années.
Chaque hausse s’applique à un montant déjà augmenté l’année précédente. À mesure que la prime grimpe, une progression identique de 5 % représente davantage de francs à payer.
Cette projection de 20 Minutes, relayée par la Tribune de Genève, est jugée cohérente par Tilman Slembeck, économiste de la santé à la ZHAW. Il anticipe une progression annuelle d’au moins 5 %, tout en soulignant les limites de l’exercice.
Le financement du système de santé est en pleine restructuration, rappelle-t-il. Il reste donc difficile de prévoir comment l’évolution des coûts se traduira dans les primes. Le doublement envisagé repose sur le maintien du rythme retenu dans le calcul. Il décrit une trajectoire possible, avec toute l’incertitude d’une projection à long terme.
Des familles qui doivent déjà faire des choix
Pour expliquer la pression sur les coûts, Tilman Slembeck pointe trois facteurs : le vieillissement des générations du baby-boom, la tendance des prestataires à facturer tout ce qui peut être réalisé et l’immobilisme politique.
Les conséquences se font déjà sentir dans les budgets, estime Philipp Frei, directeur de Budget Conseil Suisse. Il décrit une population épuisée et frustrée. « Pour les ménages ordinaires, surtout les familles, la situation devient critique », affirme-t-il dans les propos rapportés par le quotidien.
Son inquiétude porte aussi sur les soins. Il rapporte que des personnes renoncent à consulter un médecin ou un dentiste faute de moyens, avec le risque de laisser leurs problèmes de santé s’aggraver.
De son côté, l’OFSP souligne que plusieurs réformes sont engagées pour maîtriser les coûts. Le Conseil fédéral doit notamment fixer, à la fin de l’année, des objectifs de coûts et de qualité pour la période 2028-2031.








